6,7 millions de personnes sont toujours déplacés internes en Syrie, un triste record
#RefugeesDay
Paris, le 15 décembre 2020. Le nombre de personnes déplacées dans le monde a encore atteint un niveau record en 2020 avec 50,8 millions de déplacés internes dû aux conflits, à la violence et aux catastrophes. La Syrie continue d’être dans le peloton de tête du nombre de déplacés internes. Entre les 6,7 millions de déplacés internes et les 5,5 millions de réfugiés, plus de la moitié des syriens ont été contraints de fuir à cause de la violence de la guerre depuis 2011. Un conflit, à l’heure de la pandémie de la COVID-19 qui peine à se faire entendre. Malgré tout, les déplacés internes en Syrie sont saturés des bruits de la guerre qui font leur quotidien. A l'occasion de la journée internationale des migrants, l'UOSSM donne à entendre les sons de la guerre des déplacés internes et des réfugiés syriens : Dr Jubran Durbas, chirurgien vasculaire et le cœur battant des soignants, Hayan, paysan pris dans le calvaire des camps, Mohamed Hamo, tétraplégique hanté par le bruit des bombes, Shadi Al-Shadeh, marqué par le silence après le fracas. L'UOSSM organise ce vendredi 18 décembre de 17h à 19h un live Facebook en présence du Pr Raphaël Pitti, responsable formation à l'UOSSM, Francis Perrin, vice-président d'Amnesty International et Michel Morzière de l'association Revivre qui accompagne les réfugiés en France et des réfugiés syriens Dr Jubran Durbas et Shhadi Al-Shadeh. De Syrie à Paris : exilés, déplacés, le parcours du combattant ! https://www.facebook.com/events/187309679729600/
Guerre et COVID-19, le fardeau des syriens

“Les personnes déplacées vivent dans des camps surpeuplés, des abris d’urgence où l’accès aux soins est peu ou quasi inexistants. Il n’est rendu possible uniquement grâce à l’aide humanitaire des ONG. La pandémie de la COVID-19 ne fait qu’accentuer cette situation d’extrême précarité.” explique le Dr Ziad Alissa, président de l’UOSSM. Les déplacés font face àne réalité où la guerre et la COVID-19 sont devenus le fardeau des syrien.nes. Ils font face à des catastrophes qui s’accumulent : les ravages de la guerre qui continuent de faire leur lot de victimes, la COVID-19 qui connaît un pic épidémique dans le nord de la Syrie, sans évoquer l’hiver, toujours aussi redoutée par les millions de déplacés de guerre vivant dans les camps.
 
Le calme relatif des bombes ne saurait cacher la situation d’extrême urgence des populations. Aujourd'hui, 13 millions de personnes en Syrie ont besoin d’une assistance sanitaire*. Les cas de COVID-19 ne font que croître depuis plusieurs semaines dans le nord-ouest de la Syrie avec 17 527 cas recensés début décembre. Les lacunes du système de santé en Syrie sont poussées à de nouveaux extrêmes sous l’impact de la COVID-19. Depuis la mi-septembre, les lits en soins intensifs sont occupés intégralement. La capacité d’accueil n’est pas à la hauteur, avec seulement 162 lits en réanimation pour une population de 4 millions de personnes dont 3 millions de déplacés.
Mon son de Syrie « la pluie sur ma tente »
Hayan, 43 ans, ancien paysan vit dans le camp d’Al-Rayan, au nord-ouest d’Idleb.
“Je m’appelle Hayan Ramadane, j’ai 43 ans, et depuis maintenant plus de 2 ans, je vis dans le camp d’Al-Rayan, au nord-ouest d’Idleb. Avant d’arriver ici, j’habitais en pleine campagne, à l’ouest d’Hama, j’étais paysan. Nous sommes paysans de père en fils dans cette magnifique région, connue pour ses richesses agricoles, sa nature et son eau pure. C’était le paradis pour nous. Malheureusement la guerre est arrivée, et nous avons été forcés de fuir. Fini les grands espaces verts, nous voilà à présent entassés sous des tentes, entourés de boue. Lorsque j’étais paysan, j’aimais le son de la pluie. C’était une bonne nouvelle pour nos récoltes. Aujourd’hui, il me tétanise. Pour un réfugié, ce son est une malédiction. Les gouttes qui frappent nos toiles de tente résonnent dans tout le camp. Nous attendons dans l’angoisse que cela passe, en espérant que nos abris de fortune ne s’écroulent pas sous le poids de l’eau, que la boue ne pénètre pas partout, ou pire, que les inondations emportent le peu qu’il nous reste.” 
Mon son de Syrie : « le retentissement des bombes »
Mohamed Hamo, ancien champion de karaté, tétraplégique, vit à Dar Izzat dans la région d’Alep
"Je m’appelle Mohamed Hamo, je suis un déplacé de la ville d’Al-Hajar al-Aswad, dans la banlieue de Damas. Après l’arrestation de mon père en 2013, nous avons décidé de venir ici avec ma famille. Nous sommes arrivés en 2013, à Dar Ezzat, où nous habitons toujours. Nous avons fui en emportant avec nous les souvenirs douloureux du siège. Le souvenir le plus dur est celui du son des bombardements, que nous entendions tous les jours. Je savais que ces sons amenaient la mort, la détresse des personnes complètement démunies dont le logement a été détruit, et celle des blessés, qui mourront du manque de soins et de médicaments, inaccessibles à cause du siège. Je savais que des familles allaient perdre un père, un frère, un fils, une mère… J’entendais les pleurs des enfants, qui résonnent encore dans mes oreilles aujourd’hui, des pleurs de faim à cause du siège. Je savais qu’une catastrophe allait survenir suite au retentissement d’une bombe. C’est la chose qui m’atteignait le plus, et qui me poursuit jusqu’à aujourd’hui. D’autant plus que les bombardements n’ont pas cessé, la famine n’a pas cessé, l’injustice n’a pas cessé." Son témoignage vidéo sera disponible ce vendredi 18 décembre.
Mon son de Syrie : « le cœur battant »
Dr Jubran Durbas, chirurgien vasculaire à l’hôpital de Thionville en France, réfugié syrien originaire d’Alep formé à l’hôpital Bab Al-Hawa
Le son de la Syrie, c’est le son du cœur battant.
Le son du cœur battant des soignants, victime du ciblage des hôpitaux.
Le son du cœur battant des oiseaux qui s’échappent de leurs nids lors des explosions des bombes.
Le son du cœur battant de l’équipe médicale qui essaye de réanimer en urgence cette femme enceinte au huitième mois de grossesse, mais dont le coeur s’estompe petit à petit jusqu’à son arrêt complet.
Le son du cœur battant des enfants sur la table du bloc opératoire, coeur qui essaye de compenser le sang perdu à cause d’une blessure vasculaire massive.
Le son du cœur battant des déplacés internes qui n’ont aucune perspective d’avenir.
Le son de mon cœur à chaque fois que je perds un collègue.
Le son de la Syrie, c’est le son du cœur battant.
Son témoignage vidéo sera disponible ce vendredi 18 décembre.
Mon son de Syrie : « le silence après le fracas »
Shadi Al-Shadeh, juriste, chargé de partenariats à l’UOSSM, réfugié syrien en Suisse depuis 2011
"C’était un soir d’été en 2011 à Damas. Avec plusieurs amis, nous avons décidé de participer à une manifestation. En connaissance du risque, nous y sommes allés. À l’époque, nous avions beaucoup d’espoir. Nous pensions que le monde nous attendait, nous écoutait, nous regardait. Nous pensions que le monde allait entendre nos cris. Là, bien avant que la manifestation ne commence, nous avons été attaqués par les policiers.
Ils ont commencé à utiliser leurs armes d’abord en tirant en l’air puis ils ont envoyé vers nous des grenades assourdissantes. Tout d’un coup, tout est devenu noir, je n’étais plus là ! Après le fracas de la grenade et ma perte de conscience, tout d’un coup c’était le silence absolu. Les gens s’agitaient autour de moi dans la manifestation. Il semblait qu’ils criaient. Mais je n’entendais rien ! J’étais plongé dans un silence complet. J’essayais de crier, d’appeler à la liberté. Mais rien n’y faisait, aucun son ne sortait de ma bouche. J’ai été pris de panique. Vais-je rester comme ça toute ma vie ? Je ne savais pas.
 
Après une quinzaine de minutes, j’ai peu à peu recommencé à entendre les sons et ma voix. Depuis cette nuit-là, où au moins une personne a été tuée, le silence est devenu pour moi le son marquant de la guerre en Syrie. Le silence, synonyme de mort, de tragédie après le pire. Parfois, quand je suis au bord du lac, de la mer ou au cœur des belles montagnes suisses où je vis actuellement, le genre d’endroit où vous allez pour avoir la paix et le calme, la guerre s’immisce dans ma tête, dans mon esprit. En fin de journée, dans mon lit, le silence de la nuit, qui devrait m'aider à dormir, m'en empêche ? Je mets donc mes écouteurs toute la nuit pour éviter le silence. Aujourd’hui, le silence me rappelle la guerre. Le silence de ce monde face à toute la souffrance d’un peuple, le silence face à l’injustice, le silence de ceux qui sont morts, le silence de ceux qui sont en détentions, le silence d’enfants qui crient de douleur mais ne trouvent pas de médecins ou de médicaments. C’est mon son de la guerre." Son témoignage vidéo sera disponible ce vendredi 18 décembre.

Retrouvez notre campagne Change the sound of Syria : https://changethesoundofsyria.uossm.fr/
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Jehan LAZRAK-TOUB,
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