Numéro 11 | 10 avril 2025

Benzodiazépines, z-drugs : peut-on faire moins et mieux ?

ÉDITO

Les benzodiazépines et leurs ersatz, les z-drugs, sont les médicaments les plus utilisés pour lutter contre les troubles du sommeil. Mais ces molécules sont aussi réputées pour engendrer rapidement une dépendance et d’autres effets indésirables non négligeables, notamment chez les plus âgés. 

Des recommandations strictes ont été proposées par les autorités mais, devant la fréquence des demandes de traitement de "troubles du sommeil", leur applicabilité est bien souvent difficile à respecter. Et la France reste le deuxième pays européen plus gros consommateur de benzodiazépines derrière l’Espagne.


D’autres solutions existent pourtant, à commencer par consacrer du temps pour aider les patients à différencier vieillissement physiologique et troubles du sommeil, à leur conseiller des règles d’hygiène du sommeil simples, à envisager avec certains d’entre eux l’intérêt des interventions psychologiques comme des thérapies comportementales, etc.

Du temps, il en faut aussi pour accompagner les plus âgés vers le sevrage de ces molécules délétères.


Ce bulletin est l’occasion de faire un petit rappel autour de ce thème.


Dr Claude BRONNER

Président de l'URPS ML Grand Est

DOSSIER DE LA SEMAINE

Benzodiazépine et z-drugs dans la prise

en charge des troubles du sommeil

Trop c'est trop


Nous savons tous que les français consomment trop de benzodiazépines.

Un rapport complet de l’ANSM montrait ainsi qu'en 2015, en comparaison de 8 autres pays européens, la France se situait au 2e rang de la consommation de benzodiazépines, derrière l’Espagne. Les états les moins consommateurs étaient l’Allemagne et le Royaume-Uni. Concernant les hypnotiques en général, la France se situait au 3e rang. 

Depuis, malgré des mesures réglementaires plus strictes, encadrant notamment l’accès à certaines molécules, cette consommation a diminué mais reste encore trop élevée.


En 2019, une étude menée par le groupement d’intérêt scientifique EPI-PHARE, porté par l’ANSM et la CNAM, s’est intéressée, chez les personnes de 75 ans et plus, aux prescriptions de médicaments potentiellement inappropriés (MPI), définis comme ceux qui devraient être évités chez les personnes âgées en raison d’un mauvais rapport bénéfice-risque. Les benzodiazépines appartenaient à cette liste de MPI. Les données, issues des bases de l’Assurance Maladie, concernaient plus de 6 millions de personnes et retrouvaient une utilisation de benzodiazépines chez plus d’un quart des 75 ans et plus (26,9%).



Benzodiazépines ou z-drugs


Les hypnotiques les plus utilisés sont les benzodiazépines et apparentés (z-drugs).

Les benzodiazépines ont été introduites dans les années 1960 comme une alternative plus sûre aux barbituriques pour traiter les troubles de l’anxiété et du sommeil. Ces médicaments agissent en renforçant l’action du neurotransmetteur inhibiteur GABA, ce qui a pour effet de ralentir l'activité cérébrale, induisant ainsi un état de relaxation propice à l'endormissement.


Les Z-drugs [zolpidem (Stilnox®), zopiclone (Imovane®), eszopiclone (Noxiben®, brièvement commercialisé en France en 2023), zaleplon (Sonata®, non commercialisé en France)] ont été développés depuis les années 1990 comme une alternative plus ciblée que les benzodiazépines. Leur mécanisme d'action est similaire à celui des benzodiazépines, mais ils sont censés avoir un profil de dépendance plus faible. Cependant, ces médicaments n'échappent pas aux risques qui accompagnent leur utilisation.


Toutes ces molécules peuvent engendrer rapidement une dépendance et leurs effets indésirables ne sont pas négligeables (effets résiduels diurnes : céphalées, troubles de l’équilibre, xylostomie, altération des performances, troubles de la mémoire, somnolence et/ou effet rebond). 

De plus, lorsque la durée de traitement est longue, le sevrage devient difficile, entraînant des symptômes pénibles pouvant durer jusqu’à 2 mois. 

Et, au-delà des effets secondaires déjà bien connus de ces médicaments, des travaux de recherche ont montré d’autres risques possibles liés à leur consommation régulière, comme l’augmentation du risque de démence ou encore, dans une étude récente menée à l’Institut Gustave Roussy, le fait que les benzodiazépines pourraient modifier l’immunité et constituer un frein aux immunothérapies anticancéreuses. 

Respecter les recommandations


  1. Les traitements non médicamenteux proposés dans l’insomnie doivent précéder la prescription de benzodiazépines.
  2. L’indication de ces molécules doit être limitée à un traitement à court terme des troubles sévères du sommeil chez l’adulte : insomnie occasionnelle et transitoire.
  3. La prescription d’hypnotiques, benzodiazépines ou apparentés, ne doit pas être banalisée, car, si elle facilite le sommeil, elle ne résout pas les causes de l’insomnie qui doivent être recherchées. Elle peut être à l’origine de nombreux effets indésirables aux conséquences parfois graves.
  4. Leur usage requiert le respect de règles précises : dose minimum utile, prescription limitée à 28 jours (période de sevrage comprise), information au patient. Cas particulier : la prescription de zolpidem est limitée à 28 jours ET nécessite une prescription en toutes lettres sur ordonnance sécurisée. Le chevauchement est interdit sauf mention expresse du prescripteur portée sur l’ordonnance.
  5. Les outils et la fiche mémo de la HAS (lien ci-dessous) rappellent les règles de bon usage et d’aide au sevrage et conseillent de programmer l’arrêt avec le patient dès la prescription.

Choisir les durées de vie les plus courtes


En cas de prescription, en première intention, mieux vaut utiliser les molécules à courte demi-vie ET débuter le traitement à faible dose pour limiter au maximum les effets résiduels (sans oublier de tenir compte des métiers à risque ou de la conduite automobile et des adaptations nécessaires en cas d’insuffisance rénale ou hépatique).

Délai d’action (Tmax) et demi-vie des benzodiazépines hypnotiques et z-drugs (par ordre croissant de demi-vie)

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Au final, privilégier surtout une approche plus holistique


Face aux risques associés à ces médicaments, il est primordial de chercher à réduire le risque de dépendance aux hypnotiques en favorisant des approches plus holistiques du traitement des troubles du sommeil. Toujours commencer par s’assurer que les règles de mises en condition pour un sommeil sont réunies. Ces règles peuvent parfois suffire à restaurer le sommeil en cas d’insomnies légères et sans comorbidités associées. Les avancées dans les thérapies comportementales et les interventions psychologiques semblent aussi pouvoir offrir aux patients des solutions durables et moins risquées (mais non prises en charge par l’Assurance Maladie).

Pour en savoir plus



NIVEAUX ET TENDANCE DE L'ACTIVITÉ VIRALE

EN RÉGION GRAND EST

Retour à une situation calme sur le front des Infections Respiratoires Aiguës, en Grand Est comme dans tout l'Hexagone : les indicateurs sont repassés au vert, à leur niveau de base, tant pour la grippe que pour les VRS. 

Concernant le Covid-19, les indicateurs syndromiques restent stables et à des niveaux bas en ville comme à l'hôpital, mais la vigilance reste de mise côté SARS-CoV-2 (virus du Covid-19) car l'indicateur de surveillance de ce virus dans les eaux usées est en hausse, même s'il reste à un niveau faible. 


L'activité du côté des gastro-entérites en Grand Est est un peu au-dessus de la moyenne nationale, mais se situe à un niveau comparable à celui observé habituellement en cette période.


Source : Santé publique France & Réseau Sentinelles

BRÈVES DE SANTÉ PUBLIQUE

Vaccination COVID-19 pour les plus fragiles :

c'est reparti à compter du 14 avril

La grippe et les épidémies respiratoires hivernales s’éloignent peu à peu. Mais ce n’est pas pour autant le moment de souffler car, suite à l’avis HAS du 27 février 2025, les Autorités de Santé relancent une nouvelle vague de vaccination Covid-19 de printemps.

Elle concerne, comme l’an passé, les personnes dont la protection immunitaire diminue plus rapidement dans le temps :

  • personnes âgées de 80 ans ou plus ; 
  • patients immunodéprimés, quel que soit leur âge ; 
  • résidents des EHPAD/USLD, quel que soit leur âge. 


Ces personnes pourront recevoir une dose de vaccin Covid-19 dans un délai de 3 mois après la dernière injection ou infection au SARS-CoV-2. 

Par ailleurs, toute personne souhaitant se faire vacciner, même si elle ne fait pas partie de la cible, peut recevoir une injection contre le Covid-19 (délai de 6 mois après la dernière injection ou infection au SARS-CoV-2 pour cette population).

Les vaccins disponibles proviennent toujours du stock état, contiennent le même variant que le vaccin de l’automne dernier et ne concernent que le vaccin ARNm du laboratoire Pfizer (Comirnaty® Omicron JN.1), avec ses différents dosages, en flacon multidoses.

Les commandes de vaccins se font à nouveau via l’outil de commande de Santé publique France.


Que penser de cette campagne ?

En comparaison avec la grippe, la saison hivernale a été plutôt calme du côté du Covid-19. Toutefois, selon les données de surveillance de Santé Publique France, les SARS-CoV2 (virus du Covid-19) ont occasionné autant de cas graves en réanimation que les VRS.

De plus, les virus du Covid-19 ne sont toujours pas "saisonnalisés" et peuvent circuler tout au long de l‘année. Le graphique ci-dessous montre bien, chaque année depuis 2020, des vagues ou vaguelettes successives de circulation des SARS-CoV2 au printemps puis en été. Nul ne peut donc prévoir à ce jour ce qui va se passer.


Les arguments de la HAS en faveur de cette nouvelle campagne :

  • caractère non saisonnier du Covid-19
  • caractère imprévisible de l'évolution épidémique
  • protection supplémentaire conférée par le vaccin 
  • notion que cette immunité supplémentaire disparait après 6 mois voire même plus rapidement en particulier chez les personnes vulnérables.

Sources :

Une lecture à partager avec vos patients :

la "Gazette de l'infectiologie"


Imaginée et rédigée par la Société de Pathologie Infectieuse de Langue Française (SPILF), "La Gazette de l'Infectiologie" propose chaque mois des articles courts, traitant de sujets phares et rédigés pour être compris par le grand public. On y retrouve des mises au point rapides à lire pour les professionnels et compréhensibles par les patients. Les numéros peuvent être chargés en pdf.


Pour vous donner envie d’y jeter un œil, nous vous proposons la liste des numéros publiés depuis le début de l’année :

N°27 | 8 jan 2025 | Des bactéries pour guérir

N°28 | 7 fév 2025 | Immunodépression : un risque d‘infections à répétition 

N°29 | 7 mar 2025 | Les épidémies, tout un roman 

N°30 | 8 avr 2025 | Gare aux tiques ! 

Actualités du 24 mars 2025 | Journée mondiale de lutte contre la tuberculose


Retrouvez tous les numéros sur la page :

> www.infectiologie.com/fr/gazette-de-l-infectiologie.html

Bulletin rédigé par Open Rome pour l’URPS Médecins Libéraux Grand Est.

Illustration : Urbs



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