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Trop c'est trop
Nous savons tous que les français consomment trop de benzodiazépines.
Un rapport complet de l’ANSM montrait ainsi qu'en 2015, en comparaison de 8 autres pays européens, la France se situait au 2e rang de la consommation de benzodiazépines, derrière l’Espagne. Les états les moins consommateurs étaient l’Allemagne et le Royaume-Uni. Concernant les hypnotiques en général, la France se situait au 3e rang.
Depuis, malgré des mesures réglementaires plus strictes, encadrant notamment l’accès à certaines molécules, cette consommation a diminué mais reste encore trop élevée.
En 2019, une étude menée par le groupement d’intérêt scientifique EPI-PHARE, porté par l’ANSM et la CNAM, s’est intéressée, chez les personnes de 75 ans et plus, aux prescriptions de médicaments potentiellement inappropriés (MPI), définis comme ceux qui devraient être évités chez les personnes âgées en raison d’un mauvais rapport bénéfice-risque. Les benzodiazépines appartenaient à cette liste de MPI. Les données, issues des bases de l’Assurance Maladie, concernaient plus de 6 millions de personnes et retrouvaient une utilisation de benzodiazépines chez plus d’un quart des 75 ans et plus (26,9%).
Benzodiazépines ou z-drugs
Les hypnotiques les plus utilisés sont les benzodiazépines et apparentés (z-drugs).
Les benzodiazépines ont été introduites dans les années 1960 comme une alternative plus sûre aux barbituriques pour traiter les troubles de l’anxiété et du sommeil. Ces médicaments agissent en renforçant l’action du neurotransmetteur inhibiteur GABA, ce qui a pour effet de ralentir l'activité cérébrale, induisant ainsi un état de relaxation propice à l'endormissement.
Les Z-drugs [zolpidem (Stilnox®), zopiclone (Imovane®), eszopiclone (Noxiben®, brièvement commercialisé en France en 2023), zaleplon (Sonata®, non commercialisé en France)] ont été développés depuis les années 1990 comme une alternative plus ciblée que les benzodiazépines. Leur mécanisme d'action est similaire à celui des benzodiazépines, mais ils sont censés avoir un profil de dépendance plus faible. Cependant, ces médicaments n'échappent pas aux risques qui accompagnent leur utilisation.
Toutes ces molécules peuvent engendrer rapidement une dépendance et leurs effets indésirables ne sont pas négligeables (effets résiduels diurnes : céphalées, troubles de l’équilibre, xylostomie, altération des performances, troubles de la mémoire, somnolence et/ou effet rebond).
De plus, lorsque la durée de traitement est longue, le sevrage devient difficile, entraînant des symptômes pénibles pouvant durer jusqu’à 2 mois.
Et, au-delà des effets secondaires déjà bien connus de ces médicaments, des travaux de recherche ont montré d’autres risques possibles liés à leur consommation régulière, comme l’augmentation du risque de démence ou encore, dans une étude récente menée à l’Institut Gustave Roussy, le fait que les benzodiazépines pourraient modifier l’immunité et constituer un frein aux immunothérapies anticancéreuses.
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