Numéro 12 | 15 mai 2025

Données de surveillance : sur quoi se base(ra)-t-on ?

ÉDITO

SNDS (Système National des Données de Santé), base de données de l’Assurance Maladie, bases de recherche comme celles de la Cohorte Constances, registres, systèmes de surveillance dédiés ou syndromiques, Santé publique France, Sentinelles, Oscour,… autant de fournisseurs et de sources de données utilisées aussi bien par les autorités de santé que par les chercheurs et dont se repaissent aussi en partie les systèmes d’IA privés.


Mais savons-nous vraiment ce qu’elles recouvrent, d’où proviennent toutes ces données, leurs richesses et leurs limites, qui peut les utiliser… Il y aurait tant à dire sur ces données, à l’heure où l'on envisage de limiter le nombre d'agences sanitaires et où les coupes budgétaires continuent d’étrangler les équipes associatives impliquées dans la surveillance. Après le réseau des Groupes Régionaux d’Observation de la Grippe (GROG) en 2014, la fermeture très récente du Réseau national de surveillance aérobiologique (RNSA), bien connu des allergiques pour élaborer les cartes de risque d’allergies aux pollens, est l’étape la plus récente de ce démantèlement de réseaux de surveillance anciens et expérimentés (le RNSA existait depuis 1995), au profit de nouveaux outils basés sur l’IA et pour l’instant beaucoup moins informatifs. 


Alors que le premier bilan de surveillance des infections respiratoires hivernales a été publié récemment par Santé Publique France, nous avons souhaité vous proposer un éclairage sur l’origine des données qui permettent cette surveillance et ce bilan.


Dr Claude BRONNER

Président de l'URPS ML Grand Est

DOSSIER DE LA SEMAINE

Surveillance des infections respiratoires aiguës (IRA) hivernales 

Pourquoi surveiller ?


Les systèmes de surveillance des maladies infectieuses sont coordonnés par Santé publique France. Pour les IRA hivernales, les objectifs de la surveillance sont :

  • la détection précoce du début de la circulation des virus concernés (majoritairement grippe, VRS, SARS-CoV2), puis des périodes épidémiques
  • la description des épidémies :
  • suivi temporo-spatial de l’épidémie
  • suivi de sa gravité et identification des populations à risque
  • estimation de son impact sur la communauté et les structures de soins
  • l’identification et le suivi des souches circulantes
  • l’évaluation des mesures de contrôle (vaccination).


Cette surveillance saisonnière (d'octobre à avril) donne lieu à une analyse hebdomadaire réalisée et publiée par Santé publique France. Ces données visent à informer et alerter la population, les soignants et les autorités de santé nationales et régionales, ainsi qu'à adapter au mieux le système de soins pour amortir l’impact des épidémies saisonnières. 

Mais elles permettent aussi de détecter des virus variants, voire émergents et participent à la surveillance européenne et mondiale.


Comment est organisée cette surveillance ?


Pour les maladies infectieuses, on parle d’une "pyramide de la surveillance", échelonnée selon la fréquence et la gravité des indicateurs collectés auprès de différents interlocuteurs. 

L’exemple de la surveillance de la grippe permet une bonne "traduction" de ce principe en schématisant les acteurs impliqués à chaque étape. 

La surveillance mise en place par Santé publique France est importante et utile mais reste perfectible, notamment en ce qui concerne sa granularité sur les territoires. Combien de fois vous êtes-vous amusé·e de l’annonce officielle du démarrage d’une épidémie hivernale dans la région, alors que vous étiez déjà débordé·e depuis plusieurs jours voire semaines ? En effet, cette surveillance n’est pas exhaustive et des données utiles et souvent plus territorialisées ne sont pas prises en compte.

C’est par exemple le cas des tests rapides pratiqués en médecine de ville et surtout dans les officines, dont les résultats ne sont pas centralisés alors qu’il ne serait probablement pas difficile de remonter le nombre de tests effectués et le nombre de positifs pour chacun des virus testés (grippe, VRS, COVID-19).


Les pédiatres de l’Association Française de Pédiatrie Ambulatoire (AFPA) ont ainsi mis en place le Réseau PARI. D’autres initiatives locales existent, comme celle de la CPTS de Troyes, cet hiver, où plus de 350 tests ont été faits par une dizaine de professionnel·le·s de santé (médecins généralistes, SOS Médecins, cabines de téléconsultations, EHPAD) et rapportés en temps réel sur la plateforme de Santé Publique développée par Open Rome avec l’URPS ML Grand Est. Toutes ces données ne sont pas utilisées dans la surveillance nationale.


D’autres limites existent comme celle des indicateurs de surveillance syndromique ("syndrome grippal" ou "infection respiratoire aiguë") non reliés à un agent infectieux déterminé, ou encore le fait que les bulletins publiés chaque mercredi par Santé publique France s’appuient, notamment pour les données virologiques, sur des chiffres datant souvent d’une semaine et demie.


Comment utiliser ces informations en première ligne de soin ?


En pratique de soins, ces informations sont tout de même très utiles, notamment pour anticiper l’afflux de patient·e·s, pour expliquer la situation aux patient·e·s et argumenter la non prescription antibiotique. 


Dans le contexte des IRA hivernales et de leur prévention, dans un système de vaccination avec des acteurs de plus en plus nombreux et dispersés, on aimerait aussi pouvoir accéder à un outil performant de suivi en temps réel de la couverture vaccinale des patient·e·s ciblé·e·s. En l’absence d’un véritable carnet de vaccination électronique, cette étape reste insuffisamment prise en compte et non comblée par les très rares informations transmises par Santé publique France au cours de l’hiver. 

Pour en savoir plus


NIVEAUX ET TENDANCE DES GASTRO-ENTÉRITES ET POLLENS

EN RÉGION GRAND EST

Actuellement, l'activité du côté des gastro-entérites en Grand Est est un peu au-dessus de la moyenne nationale, mais se situe à un niveau comparable à celui observé habituellement en cette période.


Sur le front des pollens, on note une accalmie avec toutefois un début de pollinisation des graminées et une météo plutôt venteuse qui, s’il ne pleut pas, devrait relancer la saison des allergies. 


Sources :

Clap de fin de saison à la fois pour les IRA hivernales et pour leur surveillance renforcée. Dans ce contexte, Santé publique France a publié un premier bilan de la saison.


L’hiver a été marqué par un niveau d’activité élevé des IRA, avec un pic en janvier, en ville comme à l’hôpital.

Les principaux coupables de cette situation sont les virus grippaux. La circulation concomitante des 3 souches grippales (A(H3N2), A(H1N1) et B) a entraîné une forte épidémie d’une durée de 12 semaines, ayant débuté dès le début du mois de décembre. 


L’impact de cette circulation virale a été intense :

  • en nombre de patient·e·s consultant en ville : 27,8% de l’ensemble des actes de SOS Médecins tous âges confondus au pic fin janvier et à l’hôpital,
  • mais aussi en sévérité : environ 30.000 hospitalisations après passage aux urgences pour grippe/syndrome grippal, 2.000 cas graves de grippe admis en réanimation et un excès d’environ 15.000 décès toutes causes enregistrés au cours de l’épidémie. Ces cas sévères concernaient toutes les classes d’âge, mais particulièrement les moins de 5 ans et les 65 ans et plus.


Un certain nombre de cas graves auraient sans doute pu être évités chez les seniors si la couverture vaccinale avait été meilleure : cette saison encore, seul un peu plus d’un·e senior sur deux (53,7%) s’était fait vacciner contre la grippe. Chez les moins de 65 ans à risque, ce taux était encore plus faible (25,3%). 


La situation a été moins agitée du côté de la bronchiolite à VRS, avec une épidémie de dynamique "classique", de mi-novembre à mi-janvier, mais d’intensité inférieure à celles des épidémies précédant ou ayant suivi l’émergence de la COVID-19, notamment chez les nourrissons de moins de 3 mois. Selon Santé publique France, la faible intensité épidémique, notamment chez les tout-petits, pourrait être liée, en partie au moins, aux campagnes d’immunisation des nouveau-nés contre les infections à VRS, soit par la vaccination de la femme enceinte, soit par l’immunisation des nourrissons par un anticorps monoclonal.


Enfin, côté COVID-19, l’hiver a été calme. Une bonne nouvelle car, là encore, la couverture vaccinale chez les personnes âgées de 65 ans et plus était très insuffisante, estimée à 21,7% (avec des biais conduisant possiblement à une sous-estimation). Pour rappel, les SARS-CoV2 ne sont toujours pas saisonnalisés et pourraient circuler d’ici l’été, d’où la campagne vaccinale de printemps actuellement en cours jusqu’à mi-juin.

 

Source

BRÈVES DE SANTÉ PUBLIQUE

"Les médicaments et moi" : campagne de l'ANSM sur le bon usage des médicaments dans le traitement de l'anxiété et de l'insomnie.

L'ANSM a lancé une campagne plutôt percutante pour sensibiliser au bon usage des médicaments dans le traitement de l’anxiété et de l’insomnie. L’un de nos précédents bulletins, précurseur, vous avait proposé un dossier sur ce thème. Les outils de la campagne en cours de l’ANSM complètent la liste de ceux que nous vous avions proposés : affiches ludiques, dépliants et vidéos pour les patients, dépliants et tableaux de synthèse pour les professionnels de santé. A consommer sans modération.

Mise à jour des données de couverture vaccinale 2024


Santé publique France a profité de la semaine européenne de vaccination qui vient de se terminer pour publier une mise à jour des données de couverture vaccinale en 2024 en France.


Du fait de l’obligation vaccinale mise en place depuis 2018, les couvertures vaccinales des nourrissons sont globalement élevées et proches des objectifs. Mais la situation se détériore ensuite au fur et à mesure que l’on avance en âge, avec par exemple, à peine 50% des personnes à jour de leur rappel dTP des 65 ans, 44% pour le rappel des 75 ans et 34% pour le rappel des 85 ans. Et ce, alors que les quelques cas rapportés touchent principalement les personnes âgées non ou mal vaccinées, dont l’immunité est faible mais qui sont exposées au risque, notamment lors d’activités de bricolage, de jardinage et/ou parce qu’elles présentent des plaies chroniques.

A nous d’être vigilant·e·s et de vérifier plus systématiquement les statuts vaccinaux de nos patient·e·s.

Bulletin rédigé par Open Rome pour l’URPS Médecins Libéraux Grand Est.

Illustration : Urbs



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