Numéro 14 | 23 juillet 2025

ÉDITO

Des arboviroses jusque dans le Grand Est


Au sein du bruit de fond permanent des alertes à possible retentissement sanitaire, le risque lié aux arboviroses (dengue, chikungunya et Zika) se fait de plus en plus entendre.


Jusque-là, ces maladies jugées "exotiques" pour l’hexagone posaient surtout problème dans les DROM et pour les voyageurs pendant leur séjour ou au retour des zones concernées. 

Mais il faut désormais "faire avec" ces risques infectieux partout sur le territoire métropolitain, même sans notion de voyage. Les vecteurs de ces virus, les moustiques tigres, ont en effet pris peu à peu leurs quartiers dans toutes les régions et des cas de transmission autochtone sont signalés, y compris dans notre région.


Quel risque dans le Grand Est ? Quand y penser ? Que faire en cas de doute ?

Dans ce bulletin : ce qu’il faut retenir en ce début d’été.


Dr Claude BRONNER

Président de l'URPS ML Grand Est

DOSSIER DE LA SEMAINE

Garder à l'esprit le risque émergent des arboviroses

De quoi parle-t-on ?


Les arbovirus regroupent un ensemble hétérogène de virus enveloppés à ARN, transmis à l’Homme par des arthropodes hématophages (moustiques, tiques, phlébotomes…) à partir d’un réservoir animal ou d’un individu infecté. 

Il existe plus de 500 arbovirus, dont une centaine est pathogène pour l’Homme, notamment :

  • des Flavivirus, dont les virus de la fièvre jaune, de la dengue, du Zika, du West Nile et de l’encéphalite à tique
  • des Alphavirus, dont le virus du chikungunya
  • des Phlebovirus, dont le virus Toscana sévissant dans le sud de la France et sur le pourtour méditerranéen. 


Les arbovirus circulent principalement dans les régions tropicales ou subtropicales. Certains sont régulièrement importés (cas importés) en métropole par des voyageurs (dengue, chikungunya et Zika notamment). A leur retour, les voyageurs infectés peuvent en effet être piqués par un moustique tigre (Aedes albopictus), désormais implanté en métropole ou en Corse. Ce moustique peut ensuite transmettre le virus à d’autres personnes.

On observe aussi, depuis quelques années, une augmentation de l’incidence de cas autochtones dans les régions tempérées. On parle de cas autochtone quand une personne a contracté la maladie sur le territoire national et n’a pas voyagé en zone contaminée dans les 15 jours précédant l’apparition des symptômes.


Les modes de transmission sont essentiellement vectoriels. Une personne infectée peut, au retour de voyage, contaminer un moustique pendant la période de virémie, soit à partir de 2 jours avant les premiers symptômes environ et jusqu’à 7 jours après. Les moustiques tigres hexagonaux et corses (voir carte d’implantation ci-dessous), contaminés par des personnes virémiques au retour de voyage, peuvent ensuite transmettre le virus de façon "autochtone".

La transmission via les produits issus du corps humain (transfusions, greffes…) est également possible, mais elle est plus rare. Pour le Zika, la transmission par voie sexuelle pendant quelques mois après le début de l’infection existe, lors de rapports non protégés. 

Les arbovirus peuvent aussi se transmettre directement de la mère à l’enfant, si la mère est infectée pendant sa grossesse.



La situation en France métropolitaine au 16 juillet 2025


  • Cas importés 

Depuis le 1er mai 2025, début de la surveillance renforcée, plus de 1000 cas ont déjà été rapportés : 

  • 581 cas importés de dengue (dont 15 en Grand Est),
  • 799 cas importés de chikungunya (dont 34 en Grand Est),
  • 1 cas importé de Zika.


  • Cas autochtones 

En métropole, la période d’activité des moustiques tigres, vecteurs de ces maladies, débute en mai. Alors que les cas autochtones, du chikungunya majoritairement, étaient jusque-là principalement cantonnés au quart sud-est de l’hexagone, avec une tendance à l’extension en tache d’huile, 2 nouveaux cas de chikungunya ont été déclarés depuis mi-juin à distance de cette zone : en Nouvelle Aquitaine (Illats – Gironde) et dans le Grand Est (Lipsheim – Bas Rhin) (voir carte ci-dessous).

Au 16 juillet, treize épisodes (31 cas) de transmission autochtone ont ainsi été identifiés en France hexagonale : 

  • 12 épisodes de chikungunya (1 à 13 cas par épisode),
  • 1 épisode de de dengue (1 cas).


A noter que, au 16 juillet, aucun épisode de transmission autochtone n’a été mis en évidence en Europe, en dehors de la France.

Intégrer ce nouveau risque dans la pratique


Devant cette situation épidémiologique nouvelle, Santé publique France rappelle le rôle essentiel des professionnels de santé dans la prévention et le contrôle des arboviroses.


  • Penser au diagnostic

La majorité des personnes infectées par ces virus ne présentent que peu de symptômes ou des symptôme pseudo-grippaux ou d’allure virale : fièvre d’apparition brutale, douleurs musculaires ou/et articulaires, maux de tête, éruption cutanée. Mais l’infection peut aussi se traduire par un tableau clinique polymorphe lié au tropisme vasculaire, hépatique et/ou cérébral de ces virus. Chez certains patients, pour des raisons mal élucidées, le tableau clinique peut évoluer dans un deuxième temps vers des formes sévères, notamment hémorragiques dans le cas de la dengue.


  • Faire le diagnostic

Le diagnostic d’arbovirose peut être évoqué en l’absence d’autre diagnostic ou d’autres signes d’appel infectieux. En présence d’un tableau clinique évocateur et en l’absence d’un autre diagnostic, avec ou sans notion de voyage, la prescription des analyses biologiques se fait en fonction de la date de début des signes du patient (encadré ci-dessous). Recherchez simultanément les trois infections en raison de symptômes et de zones de circulation similaires. 


Incitez votre patient à réaliser le(s) prélèvement(s) dans les suites immédiates de la consultation. Un prélèvement de contrôle pourra être fait à distance (10-15 jours) en cas d’IgM isolées.

  • Signaler les cas avérés

Santé publique France rappelle l’importance du signalement des cas qui permet une intervention rapide visant à limiter la transmission.

Signalez sans délai chaque cas à la plateforme régionale de veille et d’urgences sanitaires de l’ARS (https://www.grand-est.ars.sante.fr/alerter-signaler-declarer).

Les arboviroses sont des maladies à déclaration obligatoire. En cas de résultats biologiques positifs, complétez le formulaire CERFA correspondant : dengue, chikungunya ou Zika.


  • Traiter

Il n’existe pas de traitement spécifique contre les arboviroses. Le traitement sera donc symptomatique, reposant principalement sur des antalgiques. 

Les anti-inflammatoires non stéroïdiens sont à éviter car ils peuvent augmenter le risque de saignement, notamment en cas de dengue.

Rappeler au patient de reconsulter en cas de persistance des symptômes au-delà de quelques jours et surtout en cas d’apparition de nouveaux signes.


  • Et surtout prévenir

Informer nos patients, voyageurs ou non, sur les mesures de prévention :

  • Se protéger au mieux, en permanence (les moustiques tigres sont diurnes et silencieux), en France comme en voyage, contre les piqûres de moustiques : installer des moustiquaires en particulier pour les nouveau-nés ou les personnes alitées, porter des vêtements couvrants et amples, utiliser des répulsifs, des diffuseurs ou des serpentins anti-moustiques, utiliser un ventilateur ou une climatisation pour éloigner les moustiques,…
  • Lutter contre les gîtes larvaires en supprimant les eaux stagnantes dans lesquelles les moustiques se développent : vider les coupelles des plantes et tout ce qui retient de petites quantités d’eau (mobiliers de jardin, bâches,…), ranger à l’abri de la pluie tout ce qui peut contenir de l’eau (jouets des enfants, seaux, arrosoirs), fermer hermétiquement ou recouvrir d’une moustiquaire les réserves d'eau.


Expliquer aux voyageurs l’importance de continuer à éviter de se faire piquer au retour d’un voyage en zone endémique et de consulter en cas de symptômes. Une vigilance particulière sera à avoir avec les femmes enceintes.

Des outils pour votre pratique


Des outils et des informations pour vos patients

NIVEAUX ET TENDANCE DES GASTRO-ENTÉRITES ET POLLENS

EN RÉGION GRAND EST

Actuellement, l'activité des gastro-entérites en Grand Est est un peu en dessous de la moyenne nationale, mais se situe à un niveau comparable à celui observé habituellement en cette période.

Sur le front des pollens, les graminées sont moins actives mais restent présentes dans quelques départements.


Sources :

BRÈVE DE SANTÉ PUBLIQUE

Du neuf sur le front de la vaccination HPV

Avril 2025. Dans le calendrier vaccinal 2025, la recommandation de vaccination contre les papillomavirus reste inchangée : recommandation pour toutes les jeunes filles et pour tous les jeunes garçons de 11 à 14 ans révolus (schéma 2 doses). 

Dans le cadre du rattrapage vaccinal, la vaccination est recommandée pour les deux sexes entre 15 et 19 ans révolus (schéma 3 doses). 

L’âge de vaccination est étendu jusqu’à 26 ans révolus pour les hommes qui ont ou ont eu des relations sexuelles avec des hommes, une recommandation plutôt difficile à gérer, en particulier lors de la proposition de vaccination en pharmacie. 


Avril 2025. La Haute Autorité de Santé (HAS) émet une recommandation d’élargissement de la recommandation vaccinale HPV à tous les jeunes (femmes et hommes) jusqu’à l’âge de 26 ans. Cet élargissement simplifie le calendrier vaccinal, supprime l’inégalité d’accès et désexualise cette vaccination.

Cette recommandation rappelle toutefois que la vaccination est d'autant plus efficace que les jeunes filles et les jeunes garçons n'ont pas encore été exposés au risque d'infection par le HPV et que la priorité demeure la vaccination des adolescents de 11 à 14 ans, chez qui la couverture vaccinale reste insuffisante. La HAS invite aussi les professionnels de santé à surveiller les personnes vaccinées pendant quinze minutes suivant l’injection, afin de prévenir le risque de syncopes et de malaises.


Juillet 2025. La Commission de transparence de l’HAS émet un avis favorable au remboursement du Gardasil 9®, selon les modalités définies par le calendrier vaccinal en vigueur et les recommandations vaccinales de la HAS du 30 avril 2025. La population cible relevant de l’élargissement de la population, soit l’ensemble de la population âgée de 20 à 26 ans est estimée à 3,6 millions de sujets en 2025. 

Comme d’habitude, l’applicabilité immédiate de cet avis, et donc son remboursement chez les jeunes de 19 à 26 ans, ne seront effectifs qu’après parution au Journal Officiel.


Juillet 2025. Dans le même temps, le cadre de la prochaine campagne nationale de vaccination au collège (à partir de la rentrée 2025-2026) est donné dans une instruction interministérielle.

Comme annoncé au printemps, cette campagne concernera désormais la vaccination contre les HPV ET contre les infections invasives à méningocoque ACWY. La campagne de vaccination combinée HPV-méningocoques sera déployée entre janvier et juin dans tous les collèges publics et dans les collèges privés volontaires. Ces vaccinations sont recommandées et non obligatoires, et nécessitent l'autorisation des deux parents.

Les 2 doses de la vaccination contre le HPV pourront être administrées sur deux années scolaires consécutives en respectant le délai maximal de 13 mois entre les deux. La vaccination contre les infections invasives à méningocoque ACWY (1 dose) pourra être réalisée au cours de l’une ou l’autre de ces deux années. 

La co-administration des deux vaccinations (méningocoques ACWY et HPV) est possible lors d’une même séance de vaccination. 


Sources et liens utiles

Bel été à tou.te.s !

L’équipe Open Rome


Bulletin rédigé par Open Rome pour l’URPS Médecins Libéraux Grand Est.

Illustration : Urbs



URPS ML Grand Est
  • Siège
23 Boulevard de l'Europe | 54500 Vandoeuvre-les-Nancy
  • Bureau de Reims
64 Chaussée St-Martin | 51100 Reims
  • Bureau de Strasbourg
52 Route de Bischwiller | 67300 Schiltigheim

03 83 58 47 58


Vous recevez ce message car vous êtes inscrit sur Interface, plateforme d'information et de coordination des réseaux et des soins mise en place par l'URPS ML Grand Est.
La collecte et le traitement des données dans le cadre de la présente correspondance, sont conformes aux dispositions du Règlement Général sur la Protection des Données qui vise à renforcer et harmoniser l'encadrement des pratiques en matière de collecte et d'utilisation des données à caractère personnel de chaque personne physique. Vous pouvez faire valoir à tout moment votre droit d'accès à vos données, de retrait de consentement, ou de rectification / de suppression de vos données auprès de interface@urpsmlgrandest.fr ou au 03 90 22 73 73.
 
L'URPS ML Grand Est - Union Régionale des Professionnels de Santé - Médecins Libéraux - est l'organe représentant les médecins libéraux au sein des politiques régionales de santé. L'URPS ML Grand Est ne communique pas vos coordonnées personnelles à des entités tierces.