Bulletin URPS santé publique             

Numéro 4 | 14 novembre 2024

ÉDITO

Vaccination des femmes enceintes : un changement de paradigme pas toujours simple à gérer

Les professionnels de santé ont été formés au message "pas de médicament (ni de vaccin pour les moins jeunes) pendant la grossesse". Au fil des années, les recommandations transmises aux femmes enceintes sont devenues de plus en plus strictes : zéro alcool, multiplication des interdits alimentaires, le moins de médicaments possible…


Mais dans le même temps, depuis 2012, la liste des vaccins recommandés pendant la grossesse s’allonge, passant de 0 à 4. Les données scientifiques et les arguments sont nombreux pour soutenir ces recommandations, qu’il s’agisse de protéger la femme enceinte (protection directe) ou son bébé à venir (protection indirecte).


Pour autant, sur le terrain, pour le vaccinateur, il n’est pas toujours aisé de convaincre la future maman, de bien savoir comment appliquer ces recommandations, ni même parfois d’être convaincu. Cette semaine, nous vous proposons un point complet sur ce thème.


Dr Claude Bronner

Président de l'URPS ML Grand Est

VACCINATION DES FEMMES ENCEINTES

Les recommandations


Quatre vaccinations sont aujourd’hui recommandées et prises en charge pendant la grossesse. Trois d’entre elles concernent la prévention d’infections virales respiratoires : grippe saisonnière, covid-19 et virus respiratoire syncytial (VRS).


L’objectif de ces vaccinations vise à protéger :

  • la future maman des possibles complications de ces infections, plus fréquentes pendant la grossesse (immunité perturbée, capacité respiratoire limitée par le ventre…), et de la fièvre (risque de fausse-couche, de naissance prématurée…) ;
  • le nouveau-né fragile devant ces virus (passage transplacentaire d’anticorps maternels).


La 4ème vaccination recommandée, contre la coqueluche, a surtout un intérêt indirect pour protéger le nouveau-né (et bien sûr la maman si elle n’est pas à jour de ses rappels dTPcoq).


Pour rappel : Les vaccins vivants (ROR, varicelle notamment) ne doivent pas être utilisés pendant la grossesse en raison d’un risque potentiel d’infection du fœtus. Par précaution, toute grossesse doit être évitée dans le mois qui suit ce type de vaccination.

Enfin, en cas de voyage dans des zones à risques particuliers, certains vaccins pourront être faits en concertation avec les centres de vaccination des voyageurs.

A quel moment les proposer ?


  • Vaccination contre la grippe saisonnière et contre la covid-19, pendant la campagne vaccinale, dès le premier trimestre de la grossesse et quel que soit son stade.
  • Vaccination contre le VRS, entre septembre et janvier, entre 32 et 36 semaines d’aménorrhée. Abrysvo® est pris en charge à 100% au titre de l’assurance maternité.
  • Vaccination contre la coqueluche à chaque grossesse, à partir du 2nd trimestre, en privilégiant la période entre 20 et 36 semaines d'aménorrhée.

Peut-on co-administrer ces vaccins ?


Oui, notamment pour grippe et covid-19, à l’exception des vaccins coqueluche et VRS entre lesquels il faut respecter un délai de 14 jours.

Si la femme enceinte se décide tardivement et que le timing ne permet de faire qu’un de ces deux vaccins, la gravité de l’épidémie de coqueluche en cours (20 décès d’enfants de moins de 1 an depuis le début de l’année) doit faire prioriser la vaccination contre cette maladie. Le nouveau-né pourra de plus être protégé contre le VRS par une injection de nirsevimab à la maternité.

Quelles données de sécurité ?


Les données disponibles (chez l’animal et chez l’homme) sont nombreuses ; plusieurs pays (Royaume-Uni, USA, Australie, Belgique, Suisse, etc.) vaccinent les femmes enceintes contre la coqueluche depuis plus de 10 ans. Les données des études et de la surveillance n’ont pas montré de conséquence ni sur le déroulement de la grossesse, ni sur le développement de l’embryon ou du fœtus.

Comme le disent nos cousins québécois : « Ces vaccins sont efficaces et sécuritaires pour la mère et l’enfant à naître. Ce sont les maladies contre lesquelles ils protègent qui posent un risque pour la personne enceinte et son fœtus ».

Que font les autres pays ?


Une étude, publiée en 2021, s’est intéressée aux recommandations vaccinales pendant la grossesse dans 42 pays européens. Des programmes de vaccination pour l’ensemble des femmes enceintes sont en place dans 37 pays, avec quelques différences en termes de calendrier :

  • 36 pays recommandent la vaccination contre la grippe, le plus souvent à tout moment de la grossesse (27 pays dont la France) ou en évitant les premières semaines de grossesse voire le premier trimestre ;
  • 28 pays recommandent la vaccination contre la coqueluche (avec le vaccin dTPcoq ou le vaccin dTcoq non disponible en France).


Cette étude menée début 2021 ne s’est pas intéressée à la vaccination covid-19 et le vaccin VRS n’était pas disponible.

Selon les pays, la prévention des infections à VRS du nouveau-né repose sur la vaccination VRS de la femme enceinte (comme au Royaume-Uni), l’immunisation du nouveau-né par le nirsevimab (comme en Allemagne) ou le choix entre les deux (comme en France ou aux USA).



Niveau et tendance de l’activité virale en région Grand Est

(données des semaines 44 et 45/2024)

GRIPPE

COVID 19

VRS

GASTRO-ENTÉRITES

BRÈVES DE SANTÉ PUBLIQUE

Vaccination grippe et covid : des données rassurantes sur la co-administration

Les deux campagnes de vaccination contre la grippe et contre la covid sont, cette année, bien synchrones : même timing, mêmes populations ciblées (à quelques détails près), mêmes vaccinateurs. Autant de raisons de proposer et même privilégier la co-administration (sur deux sites distincts). En effet, après 3 saisons, les données disponibles permettent d’être rassurés sur l’efficacité et la tolérance de cette co-administration. Et décaler les 2 injections, c’est prendre le risque que la 2ème ne soit jamais faite…


Macrolides : clarithromycine or not clarithromycine ?


En juillet dernier, l’HAS a fait évoluer sa recommandation de bonnes pratiques « Choix et durées d'antibiothérapies : Angine aiguë de l’adulte » ; le but est de limiter l’utilisation de l’azithromycine (durée de vie longue, facteur favorisant l’antibiorésistance) et de lui préférer la seule clarithromycine.

Mais, depuis cette recommandation, l’épidémie de coqueluche en cours a entrainé une forte consommation de clarithromycine et l’ANSM vient de publier une alerte de fortes tensions d’approvisionnement sur la clarithromycine « Clarithromycine : recommandations de bon usage pour contribuer à garantir la couverture des besoins des patients ».


Deux documents à consulter pour ne pas y perdre son latin…

Bulletin rédigé par Open Rome pour l’URPS Médecins Libéraux Grand Est.

Crédit photo : Urbs




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