Numéro 9 | 06 mars 2025

Antibiorésistance : emparons-nous vraiment du sujet

ÉDITO

La résistance aux antimicrobiens est reconnue par l'OMS comme l'une des dix principales menaces pour la santé publique mondiale. L’antibiorésistance continue d’augmenter, dans un contexte contraint avec peu de nouveaux antibiotiques dans les tuyaux. Sans une réaction immédiate et coordonnée, le monde pourrait revenir à une ère pré-antibiotique, où les infections courantes et les interventions médicales simples, comme les chirurgies ou la chimiothérapie, deviendraient à nouveau risquées.


Nous entendons parler de l’antibiorésistance à tout bout de champ, nous connaissons ce risque, mais faisons-nous vraiment tout ce qu’il faut dans notre pratique pour participer au mieux à la lutte contre l’antibiorésistance ? Les moyens à mettre en œuvre paraissent parfois tellement chronophages : s’appuyer sur des recommandations changeantes et sur des tests diagnostiques pour respecter les indications, le choix des molécules, la durée de traitement ; moins et mieux prescrire c’est-à-dire expliquer, réexpliquer, justifier aux patients nos "non-prescriptions".

En pratique, un recours régulier à Antibioclic, en respectant le rappel des recommandations que l’application préconise, est une méthode efficace pour bien prescrire.


Quant à la gorge inflammatoire fébrile, éviter l’antibiotique "au cas où" est une attitude facile à proposer aux patients en leur rappelant que les antibiotiques ne sont pas actifs sur les virus et que la plupart du temps, notre organisme élimine rapidement les bactéries.

On se reportera à ce sujet au communiqué du CNGE qui s’interrogeait en mai 2024 sur la pertinence de continuer à prescrire des antibiotiques dans les angines à strepto A.


En collaborant avec les autres professionnels de la santé, en suivant les recommandations et en informant nos patients, nous pouvons contribuer à préserver l'efficacité des antibiotiques pour les générations futures.


Dr Claude BRONNER

Président de l'URPS ML Grand Est


DOSSIER DE LA SEMAINE

Lutter contre l'antibiorésistance

au quotidien en médecine générale

De quoi parle-t-on ?


L’antibiorésistance est identifiée par l’Organisation mondiale de la santé (OMS) comme l'une des menaces les plus sérieuses pour la santé publique. 

Cette résistance aux antimicrobiens survient naturellement au fil du temps, en général à la suite de modifications génétiques, aussi bien chez l’être humain que chez l’animal, dans les aliments, les végétaux et l’environnement (eau, sol et air). La stratégie préventive doit donc être une démarche transversale "Une seule santé". Tout le monde (humains comme animaux) peut être touché par une infection à bactérie multirésistante, même quand on est en bonne santé et qu’on n’a pas de facteur de risque particulier. La prise récente d’antibiotique (encore plus quand elle est répétée) augmente cependant le risque d'être touché par une telle infection. 

Partout dans le monde, le principal facteur favorisant le développement de l’antibiorésistance est l’usage abusif ou excessif des antibiotiques. Mais d’autres facteurs, de poids variable selon les pays, sont également en cause, comme le manque d’accès à l’eau potable, à l’assainissement et à l’hygiène pour les êtres humains et les animaux ; des mesures insuffisantes de lutte anti-infectieuse dans les établissements de soins de santé et les exploitations agricoles ; un accès insuffisant à des médicaments, des vaccins et des produits de diagnostic de qualité et d’un coût abordable ; le rejet de détergents, désinfectants et métaux lourds mais aussi d’antibiotiques ou de résidus d’antibiotiques dans l’environnement ; le manque de prise de conscience et de connaissances du phénomène,…


Quelques données clés de la consommation d’antibiotiques en France


La France reste l’un des pays les plus consommateurs d’antibiotiques en Europe (5ème rang en 2022).

Les prescriptions d’antibiotiques en médecine de ville se sont stabilisées en 2023, après deux années d’augmentation consécutives. Elles sont ainsi revenues à leur niveau pré-pandémique, mais demeurent au-dessus de l’objectif cible visé dans la stratégie nationale: 


Moins de 650 prescriptions/1 000 habitants/an d’ici 2025.


Cette évolution des prescriptions varie selon les différentes classes d’âge, avec une stabilisation chez les 15-64 ans, une augmentation chez les 65 ans et plus et une baisse chez les enfants de 0-4 ans. 

En 2023, les antibiotiques les plus prescrits sont l’amoxicilline (38,5%), l’association amoxicilline + acide clavulanique (15,6%) et les macrolides (16,7%). Ils représentent plus des deux tiers de la consommation totale. Pourtant, ces familles d’antibiotiques sont fortement génératrices de résistances et leur prescription est à restreindre.

Prescriptions d’antibiotiques en médecine de ville


https://www.santepubliquefrance.fr/content/download/671825/4465430?version=1

(NB : le lien télécharge un PDF, s'il ne s'ouvre pas automatiquement, vérifiez votre dossier de téléchargement).

Surveillance de la résistance aux antibiotiques en France


La résistance aux antibiotiques est sous haute surveillance en ville, en EHPAD et à l’hôpital, avec des indicateurs bien définis et des objectifs précis, mais toujours non atteints.


Exemple de suivi de l’évolution de l’antibiorésistance d’E. Coli


https://www.santepubliquefrance.fr/content/download/674787/4476651?version=1

(NB : le lien télécharge un PDF, s'il ne s'ouvre pas automatiquement, vérifiez votre dossier de téléchargement).

En 2019, Santé publique France estimait à 100 000 le nombre d’infections à bactéries multi-résistantes en France, dont 3 000 décès liés à ces infections.

Les grands axes pour mieux faire en médecine générale


La stratégie de lutte contre l’antibiorésistance repose sur deux principaux axes : 

  • prévenir les infections et limiter la transmission des bactéries et des gènes de résistance ;
  • utiliser les antibiotiques à bon escient : ceux qu’il faut, quand il faut.

La bonne mise en œuvre de ces deux axes concerne à la fois les MG et les patients.

Prévenir les infections et limiter la transmission des bactéries et des gènes de résistance


"La meilleure façon de ne pas prescrire est d’éviter l’infection », une variante du « mieux vaut prévenir que guérir"


1/ Mettre à jour le statut vaccinal des patients. La lutte contre la résistance aux antimicrobiens commence par la prévention des infections et, dans ce domaine, les vaccins sont parmi les outils les plus efficaces. 

Selon l’OMS, "si l’on veut sauver des vies et rompre la spirale de l’antibiorésistance et, plus largement, de la résistance aux antimicrobiens, il faut absolument amplifier l’accès aux vaccins existants et en mettre au point de nouveaux contre les maladies graves comme la tuberculose. Une meilleure utilisation des vaccins pourrait réduire l’utilisation d’antibiotiques de 2,5 milliards de doses par an".

A titre d’exemple, vacciner contre la grippe peut éviter… la grippe, mais aussi les surinfections et épisodes bactériens secondaires (pneumonies à pneumocoque, à staphylocoque, infection invasive à méningocoque,…).


2/ Promouvoir sans relâche les gestes barrières auprès de nos patients et les appliquer dans notre pratique, pour éviter d’être contaminé au contact de malades ou de transmettre si on est malade.


3/ Protéger l’environnement. Rappeler aux patients de ne pas jeter les antibiotiques inutilisés, périmés ou non, dans les ordures ménagères et de privilégier le circuit Cyclamed. 

Au cabinet, privilégier aussi des produits d’entretien adaptés aux lieux de soins mais le moins toxiques possible pour l’environnement.

Utiliser les antibiotiques à bon escient, c’est bien prescrire ou ne pas prescrire


Un seul mantra : "La bonne indication, la bonne molécule, la bonne dose et la bonne durée de traitement".


1/ Poser la bonne indication : pour chaque tableau infectieux, poser un diagnostic le plus précis possible. La prescription d'antibiotiques doit être justifiée par une indication claire, basée sur un diagnostic précis. 


Outils utiles :

  • le tableau clinique,
  • la connaissance de la situation épidémiologique locale des principaux agents infectieux via notre bulletin et les bulletins de Santé publique France, toujours avec une petite pensée pour les diagnostics différentiels possibles,
  • les tests rapides d’orientation diagnostique (streptocoque A, grippe, covid, VRS…) au cabinet, à l’officine ou chez l’infirmière (avec prescription conditionnelle possible),
  • des examens complémentaires si besoin.


2/ Choisir la bonne molécule, la bonne dose et la bonne durée, lorsqu’une antibiothérapie parait nécessaire. En se souvenant que chaque prescription inutile ou inappropriée augmente les risques de résistance et compromet l'efficacité future des antibiotiques.


Outils utiles : 

  • la bonne connaissance des recommandations et de leurs évolutions, c’est-à-dire se former et s’informer,
  • le site Antibioclic, qui reprend de façon adaptée à la pratique les recommandations françaises les plus récentes.


3/ Accompagner la bonne prescription. Informer et sensibiliser les patients sur les risques liés à l'usage excessif ou inadéquat des antibiotiques. Leur rappeler que, dans de nombreux cas, un traitement symptomatique (antipyrétiques, antalgiques) peut suffire. Leur apprendre à reconnaître les symptômes des infections virales comme la grippe, le rhume ou la bronchite et à comprendre les raisons d’une non prescription de traitement antibiotique afin de limiter les demandes pressantes.


Outils utiles : 

Connaître et s’appuyer sur les structures régionales


  • AntibioEst, le Centre Régional en Antibiothérapie (CRAtb) du Grand Est, sous l’égide de l’ARS : une boîte à outils, des actualités, des webinaires de formation, un numéro d’appel pour contacter un infectiologue… une mine d’informations et d’outils utiles.
  • CPIAS Grand Est, le Centre d’appui pour la Prévention des Infections Associées aux Soins du Grand Est.

Sources



NIVEAUX ET TENDANCE DE L'ACTIVITÉ VIRALE

EN RÉGION GRAND EST

Retour progressif au calme sur le front des infections respiratoires hivernales, mais la grippe reste active :


  • Selon les dernières données de Santé publique France, l'épidémie de grippe décroît dans l’ensemble des classes d’âge. L’intensité de l’activité grippale reste toutefois épidémique en Grand Est comme dans la majorité des régions métropolitaines, avec des taux de positivité pour grippe dépassant toujours 20% en ville et 10% à l’hôpital. Les 3 virus grippaux saisonniers A(H1N1)pdm09, A(H3N2) et B/Victoria co-circulent, avec cependant une nette progression de la part des virus de type B au cours des dernières semaines.
  • Côté bronchiolite, l’activité continue de décroître et est revenue à son niveau de base en Grand Est. 
  • Activité toujours stable et à des niveaux bas côté covid-19.

 

Source : Santé publique France

https://www.santepubliquefrance.fr/maladies-et-traumatismes/maladies-et-infections-respiratoires/grippe/documents/bulletin-national/infections-respiratoires-aigues-grippe-bronchiolite-covid-19-.-bulletin-du-5-mars-2025 

BRÈVES DE SANTÉ PUBLIQUE

Alertes autour de maladies infectieuses à prévention vaccinale : vérifions les statuts vaccinaux de nos patients, notamment les adolescents et jeunes adultes

Méningites et infections invasives à méningocoques (IIM)

Les cas et foyers de méningite et d’IIM sont en recrudescence depuis 2022, ce qui a conduit les autorités de santé à mettre à jour les recommandations vaccinales en 2024. 

Le début de l’année 2025 est marqué par une nouvelle bouffée d’incidence de ces infections : 90 cas signalés en janvier 2025, pour moitié liés au sérogroupe B et pour moitié aux sérogroupes W et Y, avec des décès, notamment chez de jeunes adultes. 


L’épidémie de grippe en cours pourrait expliquer en partie cette augmentation de fréquence. Plusieurs études ont en effet pointé, depuis de nombreuses années, cette relation temporelle entre les épidémies de grippe et les bouffées d’IIM, faisant de l’épisode grippe un facteur de risque d’IIM.


Il ne faut vraiment plus attendre pour conseiller la vaccination contre les méningocoques ACWY (une seule dose) à tous les 11-14 ans (recommandation) et les 15-24 ans (rattrapage). 

Ces vaccinations sont prises en charge à 65% par l’Assurance Maladie (coût du vaccin un peu plus de 40€ la dose). Le montant restant à charge est généralement remboursé par les complémentaires santé. Les vaccinations peuvent aussi être dispensées gratuitement dans les centres de vaccination publics et les centres de protection maternelle et infantile (PMI).  


La rougeole aussi fait à nouveau parler d’elle dans plusieurs zones du monde


Chute des couvertures vaccinales liée à la pandémie de covid, à des situations sanitaires bouleversées par des catastrophes climatiques, à des manques de personnels soignants ou à la défiance des populations : plusieurs épidémies de rougeole sont récemment signalées dans des pays dans lesquels la rougeole était considérée comme quasi éradiquée.


  • Au Maroc : une épidémie importante de rougeole sévit actuellement, avec plus de 25 000 cas et plus 120 décès signalés par les autorités. Cette situation entraine une augmentation du nombre de cas de rougeole importés en France depuis le début de l‘année. Mi-février, Santé publique France rapportait ainsi 13 cas de rougeole importés ou liés à une importation suite à un séjour au Maroc. 
  • Aux Etats-Unis : là aussi des foyers de rougeole sont signalés avec 1 décès rapporté pour la première fois depuis des années.
  • La rougeole circule aussi dans de nombreux autres pays (Dubaï, Inde, Roumanie, etc.).


Pour rappel, en France, tous les enfants, adolescents et jeunes adultes nés après 1980 doivent être vaccinés contre la rougeole avec un schéma à 2 doses. 


Cette vaccination est obligatoire avant l’entrée en collectivité pour tous les nourrissons nés depuis le 1er janvier 2018 (première dose à 12 mois et seconde dose entre 16 et 18 mois).

Pour les personnes non ou incomplètement vaccinées, nées à partir de 1980 et âgées d’au moins 12 mois, un rattrapage vaccinal est recommandé quels que soient les antécédents vis-à-vis des trois maladies (rougeole, oreillons, rubéole - ROR). Elles peuvent recevoir deux doses en respectant un délai minimum d’un mois entre les deux doses voire trois doses pour les personnes qui ont reçu une première dose de vaccin avant l’âge de 12 mois.


Il est recommandé de vérifier le statut vaccinal contre la rougeole de toute personne avec un projet de voyage au Maroc ou dans des pays où la rougeole circule.

Pour les voyageurs, des recommandations spécifiques sont proposées pour les personnes nées avant 1980 non protégées contre la rougeole (sans antécédent connu de rougeole ou non vaccinées antérieurement) et pour les nourrissons dès l’âge de 6 mois (ces enfants devront par la suite recevoir deux doses de vaccin ROR selon le calendrier vaccinal) : une dose de vaccin ROR est recommandée avant le départ. 


Pensez aussi au diagnostic de rougeole chez les patients avec des symptômes évocateurs de rougeole et de retour d’un séjour au Maroc (ou d’un pays où la rougeole circule). En raison de la forte contagiosité du virus de la rougeole, des précautions supplémentaires et des mesures d'isolement sont nécessaires pour limiter toute transmission du virus dans les milieux de soins. Pour rappel, la rougeole est une maladie à déclaration obligatoire.


Profitons-en aussi pour nous intéresser à l’éventuelle nécessité de mise à jour des autres vaccinations dans ces tranches d’âges


(dTPcoq, HPV, varicelle…).

Bulletin rédigé par Open Rome pour l’URPS Médecins Libéraux Grand Est.

Illustration : URBS



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