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Mai 2026


Fonctionnement de l’OCRI à deux vitesses — et ce que cela peut révéler.


Les régulateurs révèlent leurs priorités non seulement par ce qu’ils font, mais aussi par la manière dont ils le font. Deux développements récents à l’OCRI mettent en évidence un contraste difficile à ignorer et qui mérite d'être examiné de près.


Des autorisations accordées rapidement dans un secteur très disputé


L'OCRI a autorisé Wealthsimple à proposer à ses clients certains types de contrats liés aux marchés de prédiction, sous réserve de diverses restrictions concernant les types d'événements susceptibles de faire l'objet de transactions. Même si le cadre est contraignant, cette décision marque une avancée significative.


L'accès à de tels produits était auparavant limité. Le seul autre distributeur agréé s'adressait en effet principalement aux clients institutionnels fortunés. L'autorisation accordée à Wealthsimple pourrait donc permettre d’élargir l'accès à ces produits à un plus grand nombre d'investisseurs particuliers autonomes.

Cette autorisation semble avoir été accordée sans avoir mené une consultation publique spécifique sur les questions de politique générale que soulèvent ces produits, ni avoir donné d'explication publique détaillée sur la manière dont ces questions ont été prises en compte. Cela inclut une explication sur la manière dont cette décision s'inscrit dans le cadre des restrictions imposées depuis longtemps par les ACVM à la vente d’options binaires aux investisseurs particuliers, ainsi que de déterminer si les distinctions entre ces produits et les « contrats sur événements » autorisés sont pertinentes en matière de protection des investisseurs.


Les marchés de prédiction soulèvent des questions réglementaires complexes. Un débat animé persiste, tant au Canada qu’à l’échelle internationale, pour déterminer s'ils doivent être considérés comme des instruments financiers, des formes de jeux de hasard ou une combinaison des deux. Ils peuvent également susciter des préoccupations quant à l’intégrité du marché, notamment en raison du risque de manipulation ou d’utilisation abusive d’informations non publique.


Pour être clair, les autorités de réglementation canadiennes ont fixé des limites et laissé entendre que le cadre réglementaire pourrait évoluer. Cela ne fait toutefois que renforcer la nécessité d'une plus grande transparence et d'une participation accrue du public à la définition de l'orientation générale des politiques.



Certains diront que les autorisations spécifiques à chaque entreprise ne se prêtent pas à une consultation publique. C'est peut-être vrai. Toutefois, les enjeux politiques sous-jacents sont clairement d'une importance plus large et n'ont pas encore fait l'objet d'un processus public exhaustif.


Il reste un long chemin à parcourir pour répondre à une question fondamentale en matière de protection des investisseurs


Abordons maintenant une question plus familière : dans quel délai les courtiers doivent-ils répondre aux plaintes de leurs clients?


Cette question a fait l'objet de consultations en plusieurs phases menées par l’OCRI, l’OCRCVM, son prédécesseur, ainsi que par d'autres organismes de réglementation, dont l'AMF. Le débat sur la question du délai, de 60 ou 90 jours, s'est également inspiré des pratiques internationales et basé sur les données relatives à l'impact des retards sur les consommateurs.


Le Québec a déjà adopté un délai réglementaire de 60 jours pour la plupart des plaintes, des prolongations étant permises dans des circonstances limitées. Toutefois, à l’échelle nationale, la question n'est toujours pas réglée. L’OCRI poursuit ses travaux d'étude et de consultation sur les délais de traitement des plaintes dans le cadre de ses efforts plus larges d'harmonisation des règles.


Que suggère ce contraste


Il est important de rester impartial. Il est rarement simple de prendre des décisions en matière de réglementation et l’OCRI fonctionne dans un cadre plus large qui inclut la supervision des ACVM, la dynamique sectorielle et les défis pratiques liés à l'harmonisation des règles.


Le contraste n’en reste pas moins significatif. D'une part, le développement d’une nouvelle catégorie de produits controversés est autorisé, possiblement auprès d'un public d'investisseurs particuliers plus important, sur la base d'autorisations accordées aux entreprises et d'outils réglementaires existants, sans vraiment prendre en compte la participation du grand public. D’autre part, une question de longue date relative à la protection des investisseurs continue de faire l’objet de consultations prolongées et d’études approfondies.


L'autorégulation a longtemps été justifiée sur la base qu’elle permettait d'allier l'expertise du secteur à une solide mission de protection des investisseurs. Le rôle de surveillance des ACVM vise notamment à garantir que cet équilibre soit respecté dans la pratique. Si une différence de rythme entre les réglementations ne constitue pas en soi un problème, elle soulève néanmoins une question légitime : dans quelle mesure le cadre actuel des organismes d'autorégulation accorde-t-il la priorité aux résultats qui touchent directement les investisseurs?


JP Bureaud, PDG, FAIR Canada


DÉFENSE DES DROITS EN ACTION

La lutte contre la fraude nécessite une action nationale coordonnée.


La fraude est l'un des risques qui connaît la croissance la plus rapide auquel les Canadiens sont confrontés, et les escroqueries d'aujourd'hui sont de plus en plus sophistiquées. FAIR Canada soutient les efforts du gouvernement fédéral pour élaborer une stratégie nationale de lutte contre la fraude. Pour avoir un impact positif, cette stratégie devra toutefois avoir une portée véritablement nationale, et non pas seulement fédérale.


Une approche exclusivement fédérale laisserait d'importantes lacunes. Les autorités de réglementation provinciales et les secteurs relevant de cette réglementation, notamment les plateformes d'échange de cryptomonnaies, doivent faire partie intégrante du cadre réglementaire. Sinon, certaines des sources de préjudice les plus importantes pour les Canadiens resteraient en dehors du système que la stratégie est censée corriger.


Une prévention efficace repose également sur une responsabilité clairement définie. Lorsque les entreprises sont les mieux placées pour prévenir ou mettre fin à la fraude, elles doivent en assumer la responsabilité effective, y compris l'obligation de remboursement en cas de défaillance, comme cela a récemment été mis en place au Royaume-Uni. Les investisseurs ne devraient pas être les seuls à supporter les pertes causées par des failles du système échappant à leur contrôle.


Il est tout aussi important de traiter les plaintes de manière équitable et rapide. Nous continuons de réclamer des délais de réponse courts et harmonisés, des procédures claires de règlement des litiges, ainsi qu'un organisme externe unique chargé des plaintes et doté d'un pouvoir décisionnel contraignant. Sans ces mesures, les Canadiens lésés se retrouvent pris au piège dans des processus fragmentés qui aggravent le préjudice initial.


Enfin, le Canada doit combler deux lacunes de longue date : la fragmentation des données sur la fraude et l'insuffisance des mesures dissuasives. La mise en place d’un système de signalement obligatoire et normalisé vers un registre national centralisé permettrait de détecter les escroqueries plus tôt. Un cadre d'application de la loi renforcé, notamment par le biais de capacités spécialisées en matière d'enquête et de poursuites, enverrait un signal clair indiquant que la fraude à l'encontre des Canadiens a de graves conséquences.


La fraude prospère grâce aux failles. Pour avoir un impact positif, la stratégie nationale doit être exhaustive, applicable et centrée sur les personnes qu’elle est censée protéger.


Consultez la lettre de commentaires complète sur notre site.

Quand le « chien de garde » doit lui-même être surveillé : pourquoi l’indépendance du conseil d’administration est-elle essentielle?


L’OCRI supervise l’ensemble du secteur canadien de l’investissement et sa gouvernance est essentielle pour la protection des investisseurs. L’organisme a proposé de prolonger la durée du mandat de ses administrateurs indépendants au sein du conseil d’administration. Nous avons fait part de nos préoccupations, car l’indépendance est un enjeu crucial.


L’un des principaux risques liés à l’autorégulation est la « capture réglementaire », c'est-à-dire le risque qu’un organisme de réglementation se rapproche trop du secteur qu’il supervise et commence à considérer les enjeux du point de vue de ce secteur plutôt que de celui du public, même involontairement. Des mécanismes de gouvernance solides existent précisément pour gérer ce risque. Cette préoccupation est particulièrement grave pour un organisme d'autorégulation exerçant des pouvoirs délégués, car les dispositifs de gouvernance doivent non seulement être solides, mais aussi inspirer confiance au public.



Les administrateurs indépendants jouent un rôle central dans la prévention de la capture. Ils font preuve d'une vraie indépendance fonctionnelle : ils posent des questions difficiles, remettent en question les dirigeants et les priorités de l’OCRI, et veillent à ce que les préoccupations des investisseurs et l'intérêt public soient pris au sérieux.


Toutefois, la prolongation de la durée des mandats des administrateurs peut, à terme, affaiblir cette indépendance fonctionnelle. Cela pose également un problème de perception : la confiance du public dans l'autorégulation ne repose pas seulement sur une indépendance de fait, mais aussi sur une indépendance visible.


Selon l’OCRI des mandats plus longs permettraient d'améliorer la continuité et l'expertise. Un compromis légitime existe : des mandats plus longs peuvent favoriser la continuité et le savoir-faire institutionnel, notamment dans le cadre de fonctions de surveillance complexes. Cependant, ces avantages doivent être soigneusement équilibrés par rapport au risque d'une érosion de l'indépendance au fil du temps. Nous ne sommes pas convaincus que cet équilibre ait été trouvé de manière appropriée.


Cela compte pour les investisseurs particuliers. Le conseil d’administration de l’OCRI définit en effet les priorités en matière de réglementation, de surveillance et d’application de la loi, des décisions qui ont une incidence directe sur la protection des investisseurs. La question que les Canadiens doivent se poser est la suivante : les changements proposés renforcent-ils véritablement la capacité de l’OCRI à agir dans l’intérêt public, ou risquent-ils de faire pencher la balance trop fortement en faveur de la continuité, au détriment des investisseurs?


Consultez notre lettre de commentaires complète sur notre site Web.


ÉVOLUTIONS RÉGLEMENTAIRES

Le Manitoba se joint à la campagne visant à rendre contraignantes les décisions de OSBI. Quelle sera la prochaine province?


Le gouvernement du Manitoba a franchi une étape importante pour renforcer la protection des investisseurs en présentant un projet de loi qui permettrait à l’Ombudsman des services bancaires et des investissements (OSBI) de prendre des décisions contraignantes concernant les plaintes des investisseurs, afin que les entreprises ne puissent pas simplement ignorer ses recommandations. FAIR Canada réclame cette réforme depuis longtemps, car elle vise à garantir des résultats plus équitables et plus rapides, ainsi que des décisions définitives et applicables dans la pratique.


Le Manitoba devient ainsi la troisième province, après la Saskatchewan et le Nouveau-Brunswick, à s'engager dans la mise en place d'un système contraignant de règlement des différends. Après plus d'une décennie de discussions, de consultations et de débats, les progrès ont souvent été lents. Avec trois provinces qui s'apprêtent désormais à adopter une législation, la dynamique commence enfin à s'accélérer. Quelle sera la prochaine province?


Une norme uniforme à l'échelle du Canada doit être élaborée pour que les droits des investisseurs ne dépendent pas de leur lieu de résidence. Chaque province et chaque territoire devrait mettre en place un tel système pour mettre fin au système à deux vitesses qui prive de nombreux Canadiens de protections adéquates. Les investisseurs d’un bout à l’autre du Canada ne devraient pas être confrontés à des résultats différents uniquement en raison de leur lieu de résidence. Un système équitable et exécutoire devrait s'appliquer de manière égale à tous, sans plus tarder.


De bonnes nouvelles pour les investisseurs : L’OCRI lance un programme de distribution des sommes remboursées


L’OCRI a lancé un nouveau programme de distribution des sommes remboursées, un cadre visant à restituer aux investisseurs lésés ayant subi un préjudice financier les sommes recouvrées auprès des auteurs d’infractions. Cette mesure concrète vise à garantir que les résultats des mesures d’exécution se traduisent par un dédommagement réel pour les investisseurs lésés, plutôt que par des sanctions qui n'existent que sur le papier.


La restitution se fait par une ordonnance qui oblige l'auteur d'un acte répréhensible à restituer les fonds obtenus de manière illicite. Grâce à ce nouveau cadre mis en place par l’OCRI, les investisseurs admissibles peuvent demander à bénéficier d'une distribution provenant de ces fonds.


Le fonctionnement du programme est le suivant : Après avoir constaté une inconduite, l’OCRI recueille les fonds restitués, publie un avis et invite les investisseurs admissibles à présenter une demande. Les demandes sont ensuite examinées et les montants approuvés sont distribués afin de contribuer à compenser les pertes, même si ces distributions ne permettent pas nécessairement d'indemniser intégralement chaque investisseur. De plus amples informations sont disponibles sur le site web de l’OCRI.

Les régulateurs mondiaux intensifient l’action contre les « finfluenceurs »


Les organismes de réglementation des valeurs mobilières du monde entier mènent des actions coordonnées contre les « finfluencers », ces personnalités des réseaux sociaux qui font la promotion des investissements sans licence ni supervision adéquate. À la fin avril, dix-sept autorités de réglementation, dont les principales autorités canadiennes de réglementation des valeurs mobilières, se sont associées à une « semaine d'action » mondiale coordonnée par la Financial Conduct Authority britannique.


Cette initiative témoigne d'une inquiétude croissante quant aux préjudices causés par les contenus d'investissement trompeurs en ligne, d'autant que de plus en plus d'investisseurs se tournent vers les réseaux sociaux pour obtenir des informations financières. Les mesures coordonnées comprenaient des avertissements destinés aux investisseurs, des mises en garde à l'attention des finfluencers non agréés et des demandes adressées aux plateformes pour qu’elles suppriment les promotions illégales.



Pourquoi est-ce important pour les investisseurs? Parce que les promotions d'investissement en ligne traversent instantanément les frontières et qu'une action isolée suffit rarement à les enrayer. Les régulateurs ont souligné que la protection des investisseurs nécessitait une coordination internationale et une plus grande responsabilisation des plateformes de réseaux sociaux hébergeant du contenu financier. Le message est clair pour les investisseurs particuliers : les « conseils » d'investissement provenant de comptes non enregistrés sur les réseaux sociaux doivent être accueillis avec un scepticisme rigoureux, et non avec des clics.



OUTILS À UTILISER

Le saviez-vous? Les autorités de réglementation canadiennes émettent des alertes aux investisseurs sur les escroqueries émergentes


Les autorités canadiennes de réglementation des valeurs mobilières émettent régulièrement des alertes destinées aux investisseurs pour les mettre en garde contre les escroqueries présumées, les sociétés non enregistrées et les risques de fraude émergents. Ces alertes visent à identifier les personnes, les entreprises et les stratagèmes en ligne susceptibles de présenter un risque pour les investisseurs, et à aider le public à repérer les signaux d'alerte avant de subir des pertes financières.


Ces alertes sont souvent liées aux plateformes de cryptomonnaies frauduleuses, de fausses possibilités d'investissement, des escroqueries par usurpation d'identité ou des promotions en ligne trompeuses, autant de domaines dans lesquels les pertes subies par les investisseurs particuliers ne cessent d'augmenter.


Les Autorités canadiennes en valeurs mobilières (ACVM) tiennent à jour une liste centralisée des alertes à l’intention des investisseurs émises par les organismes de réglementation de tout le pays. Il s'agit de l'un des outils les plus pratiques à la disposition des investisseurs particuliers pour détecter les risques potentiels. Vous pouvez également vous abonner pour recevoir ces alertes dès leur publication et ainsi rester informé de l'évolution des risques.

Consulter la liste des alertes avant d'investir est un moyen simple et efficace de se protéger contre la fraude.


Découvrez les alertes et abonnez-vous.

QUOI DE NEUF À FAIR

Dans les médias : FAIR Canada met l’accent sur la protection des investisseurs


À la fin mars et en avril, FAIR Canada a fait l'objet de couvertures médiatiques nationales, apportant le point de vue des investisseurs sur toute une série de questions urgentes.


Parmi celles-ci, un article d'opinion rédigé par notre directeur général, Jean-Paul Bureaud, expliquait comment le manque d'uniformité dans les délais de traitement des plaintes continue de porter préjudice aux investisseurs d’un bout à l’autre du Canada.

Nous avons également été cités par The Globe and Mail, CTV News Toronto et le Toronto Star dans le cadre de reportages sur les marchés de prédiction. Ces reportages portaient principalement sur les préoccupations croissantes concernant les opérations basées sur des prédictions récemment approuvées par Wealthsimple. Nous avons exprimé nos préoccupations concernant la confusion et les préjudices subis par les investisseurs lorsqu'on leur propose des produits s'apparentant à des jeux de hasard, en particulier lorsque les limites réglementaires ne sont pas clairement définies.


Des reportages se sont également penchés sur la promotion de Polymarket, une plateforme interdite en Ontario, à l'extérieur d’un match de baseball des Blue Jays de Toronto, ainsi que sur les préoccupations en matière de protection des investisseurs que ce type de marketing soulève.


Les couvertures médiatiques nous concernant peuvent être consultées sur notre site Web.

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