Pleins feux sur Kerrie Gagne :
Je suis atteinte d'une amylose amyloïde AL
Note du rédacteur : La rubrique « Pleins feux » de notre infolettre « Manchettes Myélome » présente le témoignage et les réflexions de membres de notre communauté, qu’ils soient patients, proches aidants ou professionnels de la santé. Les opinions exprimées et partagées sont celles de la personne qui s’exprime. Nous vous invitons à découvrir vos pairs de la communauté canadienne du myélome dans notre rubrique.
 
Nous reconnaissons que le parcours et l’expérience de chacun sont différents. Si vous souhaitez partager votre expérience dans une prochaine édition de « Manchettes Myélome », veuillez nous écrire à contact@myelome.ca.
 
À vous tous qui avez partagé votre témoignage par le passé, ainsi qu’à ceux qui le font encore aujourd’hui, nous vous sommes reconnaissants… vous êtes une source d’inspiration.  
La rubrique « Pleins feux » de ce mois-ci, présente le parcours de Kerrie Gagne diagnostiquée d’une amylose amyloïde AL, un trouble systémique très rare issu de globules blancs anormaux, ou de plasmocytes, dans la moelle osseuse, et qui est étroitement lié au myélome. Bien que certaines personnes atteintes d’un myélome développent une amylose amyloïde AL, il est rare qu’une personne atteinte d’amylose amyloïde AL développe un myélome. On traite normalement l’amylose amyloïde (AL) par chimiothérapie en ayant recours aux mêmes médicaments que pour le traitement du myélome.

Pour plus d’informations sur l’amylose amyloïde AL, consultez la section « Maladies connexes » de notre site Web, ou visionnez la présentation « Amyloïdose à chaîne légère AL diagnostic et traitement » sur notre chaîne YouTube.
Kerrie Gagne
Mon parcours avec la maladie a débuté le 29 janvier 2020. Ce matin-là, j’ai reçu une injection de cortisone dans le coude afin de soulager une douleur au bras droit (qui m’ennuie encore d’ailleurs). Je suis retournée au travail après l’injection, et j’ai de la difficulté à me souvenir de ce qui s’est passé par la suite puisque j’ai été transportée par ambulance au service des urgences, et je n’ai toujours pas repris le travail depuis. J’ai reçu le diagnostic d’un syndrome de douleur myofasciale du membre supérieur, provoqué par la détérioration des muscles de mes bras et l’épaississement et le durcissement de mes tendons.
J’ai fait plusieurs séances hebdomadaires de physiothérapie, de soins de chiropractie, et de massothérapie pour tenter de renforcer les muscles dans mes bras ainsi que des séances de counseling pour apprendre à vivre avec la douleur chronique.

En juillet de la même année, il n’y avait aucune amélioration au niveau de mon bras et mon poids augmentait de façon constante en raison de la rétention d’eau. Je consultais fréquemment mon médecin qui me répétait de ne pas m’en faire, que c’était seulement mon corps qui réagissait d’une manière pour le moins inhabituel (ce qui semblait effectivement être le cas depuis quelques années ayant eu des réactions étranges, des prises ou pertes de poids soudaines, et des réactions allergiques). Elle a finalement accepté de me prescrire un diurétique (Lasix) qui a rapidement fonctionné, et je me suis soudainement sentie beaucoup mieux. J’ai pu augmenter mes séances d’exercices, de physiothérapie, de massothérapie et de soins en chiropractie.
En octobre 2020, tout semblait bien aller et j’étais presque prête à reprendre le travail jusqu’à ce que soudainement, j’éprouve de la difficulté à respirer. J’avais l’impression que quelqu’un était assis sur ma poitrine. Mes veines étaient à la surface de la peau et je ressemblais à l’incroyable Hulk. Je me suis présentée à l’urgence où on ne semblait pas s’inquiéter de mon état, me disant que je souffrais tout simplement d’une douleur chronique, et que je devais rentrer à la maison.

Pour eux, je n’étais qu’une femme âgée de 47 ans qui souffrait d’hypotension artérielle, semblait être en bonne santé, et dont l’analyse sanguine n’indiquait rien d’alarmant, mis à part une protéine sanguine anormale (détectée lors d’une analyse antérieure, sans que mon médecin ne puisse déterminer pourquoi).
J’ai refusé de quitter l’hôpital et j’ai supplié qu’on me donne un scalpel pour que je puisse m’ouvrir la poitrine afin de soulager la pression. C’est ce qu’il aura fallu pour qu’on me prenne au sérieux, et qu’on m’admette à l’hôpital. Un tomodensitogramme a révélé une accumulation de liquide autour du cœur, et confirmé un diagnostic d’endocardite. Après avoir passé une semaine à l’hôpital, et reçu des médicaments pour traiter l’endocardite, j’ai repris ma routine pour me refaire mes forces.

En décembre 2020, tout semblait se replacer et j’anticipais un retour au travail. Puis, la même chose s’est produite...une autre visite au service des urgences, avec la même obligation de convaincre les médecins que quelque chose n’allait pas du tout. J’ai été admise à l’hôpital, mais cette fois-ci, les médecins ont trouvé autre chose qui semblait suggérer une amylose amyloïde AL.
Pour confirmer le diagnostic, les médecins m’ont informé que je devais me rendre au Cross Cancer Institute à Edmonton pour subir une biopsie de la moelle osseuse, puis à Calgary pour une IRM cardiaque.

Le 7 janvier 2021, alors que j’étais à Edmonton pour ma biopsie de la moelle osseuse, les médecins m’ont informé que l’intervention ne serait pas suffisante pour obtenir un diagnostic ferme et qu’il fallait également procéder à une biopsie du coussinet adipeux (le prélèvement d’une petite quantité de graisse abdominale pour une analyse en laboratoire des tissus). Après les biopsies, je suis retournée à la maison pour attendre les résultats.
Cependant, j’ai dû faire face à quelques obstacles; la biopsie du coussinet adipeux a causé une hémorragie interne, mon copain a décidé qu’il ne voulait plus m’accompagner dans ce parcours, et je n’étais pas assez bien pour reprendre le travail. Comme vous pouvez l’imaginer, le stress et l’incertitude ont atteint un sommet inégalé.

Le 10 février 2021, j’ai reçu un appel de mon hématologue de Red Deer qui m’informait que j’étais atteinte d’une hémopathie rare incurable; une amylose amyloïde AL avec atteinte cardiaque. On m’a immédiatement prescrit un traitement ciblé de cyclophosphamide, bortézomib et dexaméthasone (CYBORD) sur une base hebdomadaire pendant six mois.
Le 11 mars 2021, j’ai subi une intervention pour l’implantation d’un DAI (défribillateur automatique implantable) pour mon cœur, en raison d’une amylose cardiaque (que l’on surnomme un cœur rigide), qui provoque de la douleur et de l’inconfort continus en raison de sa taille et d’un léger déplacement.

Nous voici maintenant en juillet, et il ne me reste plus que trois autres semaines de chimiothérapie qui se termineront le 29 juillet. Je ne connais pas mon pronostic, mais la bonne nouvelle est que j’ai démontré une très bonne réponse immunitaire aux traitements. La maladie est indétectable pour le moment, mais je dois tout de même continuer à surveiller mes taux d’amyloïde au moyen d’analyses sanguines régulières.
Mon expérience m’a amené à vouloir défendre les droits des personnes atteintes d’une amylose amyloïde AL. Il est très important pour moi de sensibiliser les gens à cette maladie rare et au combat que doivent souvent mener les personnes avant d’obtenir un diagnostic. En défendant les droits des personnes atteintes, nous parvenons à mieux connaître les signes et les symptômes de la maladie. Nous espérons que cette sensibilisation contribuera à un diagnostic plus précoce, et, au bout du compte, à sauver des vies.
Je compte maintenir une attitude aussi positive que possible et militer pour l’amylose amyloïde AL et les autres cancers et hémopathies rares en Alberta. Il fut difficile pour moi d’obtenir du soutien et de l’information au sujet de cette maladie pour laquelle les ressources sont limitées au Canada. De plus, mon âge et le fait que je sois une femme ont rendu difficile le diagnostic de l’amylose amyloïde AL. Un jour, j’espère être en mesure d’aider des personnes atteintes d’une forme rare de cancer à avoir accès à de meilleurs soins et traitements. J’aimerais contribuer autant que possible à la recherche, et c’est ce que j’aimerais laisser comme héritage.
Mon objectif est de sensibiliser les médecins de famille, les techniciens de laboratoire et les équipes médicales pour qu’ils aient accès aux bons outils et à l’information dont ils ont besoin lorsqu’on leur présente de possibles symptômes (notamment une protéine sanguine anormale dans les analyses sanguines ou les analyses d’urine, l’atrophie musculaire ou l’épaississement des tendons, et les troubles neuropathiques continus).
J’ai entrepris mes efforts de défense des droits par le biais de mon compte Twitter (@GagneKerrie) et de ma page Facebook (Kerrie L Gagne). Je partage sur Facebook mon parcours et des mises à jour au sujet de mes traitements, et chaque fois que je prends connaissance du témoignage d’autres patients, de nouveaux renseignements médicaux ou de percées qui peuvent être partagés, je les partage. J’ai participé à un événement Facebook en direct organisé par Wellspring Calgary, j’ai également créé un blogue au sujet de mon parcours avec la maladie. Bien que je n’en sois qu’à mes débuts, j’essaie d’apprendre tout ce que je peux sur l’amylose amyloïde AL afin de pouvoir mieux défendre mes droits.
J’encourage fortement les autres à partager leur parcours et leur expérience comme patient ou proche aidant d’une personne atteinte d’amylose amyloïde AL, de sorte que nous puissions tous apprendre à mieux prendre en charge cette maladie.

Dans mon parcours avec le cancer jusqu’à présent, j’ai découvert à quel point cela peut-être éprouvant par moments. Je découvre qu’en m’impliquant et en étant active auprès de Wellspring Calgary et des nombreux programmes qui y sont offerts, auprès du SLLC en tant que premier contact bénévole, de la Southern Alberta Myeloma Patient Society (SAMPS) et de Myélome Canada, cela m’a permis d’établir des liens et d’échanger avec d’autres personnes qui vivent avec des défis semblables. Être conférencière lors d’événements pour l’amylose amyloïde AL et autres hémopathies rares, m’a démontré à quel point je suis résiliente et forte. Je suis déterminée à vivre, et à faire une différence.
Pour faire un don à Myélome Canada,
visitez le www.myelome.ca ou appelez sans frais au 1-888-798-5771.
Suivez-nous sur les médias sociaux pour obtenir les nouvelles les plus actuelles.