Merci au Dr Durie et à l'IMF de nous avoir permis de traduire et publié cet article. Notez que les redirections intégrées dans cet article sont issues de la version originale anglaise.
Mise à jour sur la Covid-19 :
Rester en sécurité et en santé dans la nouvelle normalité
Dr Brian G.M. Durie
de l' International Myeloma Foundation (IMF)

Date de publication : 23 avril 2020
Nous entendons de plus en plus d’États et de villes parler de réouverture alors que la pandémie est toujours présente. Comment les patients atteints d’un myélome pourront-ils alors rester en sécurité, si ce n’est en demeurant à la maison?
 
Tout d’abord, les patients atteints d’un myélome doivent absolument s’organiser pour rester chez eux jusqu’à ce qu’il devienne sécuritaire pour eux de se déplacer dans les environs. Puis, pour savoir quand il pourra être sécuritaire de quitter leur domicile, ils doivent suivre de près les informations locales sur la COVID-19 afin de connaître, notamment, le nombre de personnes infectées et les consignes de distanciation sociale.
 
Cette semaine, d e nouvelles directives ont été fournies pour nous aider à passer progressivement à une nouvelle normalité. Il est plus facile de suivre ce qui se passe depuis le blogue de la semaine dernière , et de mettre à jour les informations et les recommandations concernant les tests, la recherche des contacts et les traitem ents, trois composantes clés de toute stratégie de retour à la normale sécuritaire.
Tout le monde est impatient de retrouver une certaine normalité après des semaines de confinement. Nous devons toutefois suivre de près ce qui se passe dans notre région, et comprendre les données et les procédures utilisées par les experts pour nous guider dans notre retour à une vie quotidienne plus normale.
Les tests
Les patients atteints d’un myélome devront passer un test de dépistage de la COVID-19 ou de détection d’anticorps avant de réintégrer leur communauté locale et d’aller voir leur médecin et le personnel de leur clinique pour le traitement de leur myélome. Il est essentiel que les patients atteints d’un myélome qui ont été exposés à la COVID-19 passent un test de détection d’anticorps pour savoir s’ils sont immunisés. Les patients qui n’y ont pas été exposés devront au minimum passer un test de dépistage de la COVID-19.
Nouvelles données sur la propagation communautaire
Plusieurs rapports indiquent que la COVID-19 aurait commencé à se propager dans la communauté bien avant ce que nous pensions, probablement dès le début du mois de février ou même en janvier, voire avant. Cela signifie que de nombreuses personnes, y compris des patients atteints d’un myélome, ont pu être infectées sans jamais être diagnostiquées. Il est intéressant et plutôt rassurant de constater que les patients atteints d’un myélome qui ont été infectés n’ont pas subi de conséquences graves, contrairement aux patients de nombreux autres groupes à risque chez qui de graves problèmes se sont manifestés. De nouvelles données confirment que les principaux groupes à risque sont ceux qui souffrent d’hypertension, d’obésité et de diabète.

De plus en plus de données semblent donc indiquer que les traitements contre le myélome peuvent s’avérer utiles contre la COVID-19, plutôt que d’augmenter les facteurs de risque d’infection ou de complications. Même la dexaméthasone peut être utile pour atténuer l’inflammation pulmonaire, bien que des précautions s’imposent, car ce médicament peut également atténuer la fièvre.

Les résultats du test de dépistage de la COVID-19 chez les personnes asymptomatiques se sont avérés positifs dans une proportion de près de 50 %, et celles-ci peuvent facilement propager l’infection . Selon les estimations actuelles, près de 5 % de l’ensemble de la population aurait été exposé à ce coronavirus jusqu’à présent, ce qui signifie que 95 % de la population est toujours à risque de l’être.
Conséquences de l'aplatissement de la courbe
La réduction du nombre de nouveaux patients atteints de la COVID-19, et en particulier de ceux qui ont besoin d’être hospitalisés ou de recevoir des soins intensifs, est une étape essentielle vers la création d’un environnement public sécuritaire pour la réouverture du pays. Il est essentiel que le nombre de nouveaux cas par jour soit faible et en baisse (qu’il soit de préférence inférieur à 100) et aussi près de zéro que possible. Cela permettra de mettre en œuvre le dépistage à grande échelle pour évaluer la propagation actuelle de la COVID-19 dans la population.

En Californie, par exemple, alors que la courbe s’aplatit et que les hospitalisations et les cas de soins intensifs diminuent, l’État a annoncé cette semaine son intention de tester entre 60 000 et 80 000 personnes par jour. Cette approche devrait permettre de gérer le nombre de nouveaux cas quotidiens et de faire une recherche des contacts en temps réel.
Ce qu'il faut retenir au sujet des tests
  • Une grande capacité de dépistage est nécessaire pour assurer la sécurité de tous.

  • Les tests de détection d’anticorps permettront de connaître, espérons-le, l’immunité de la population.

  • Les tests de dépistage de la COVID-19 permettront de mieux définir les directives de mises en quarantaine et le degré d’isolement nécessaire (au sein d’une famille, par exemple) ou de transmettre des indications appropriées concernant les soins continus du myélome.

  • Les tests et la recherche des contacts permettront d’identifier toute nouvelle grappe de cas dans la communauté, y compris les personnes asymptomatiques, mais infectieuses. Ces informations serviront à mieux définir les directives à suivre dans notre quotidien.
Mises à jour sur la recherche de contacts
Pour rouvrir nos communautés, il est essentiel de retrouver les personnes qui ont été en contact avec les personnes infectées par la COVID-19. Qu’a révélé cette recherche de contacts jusqu’à présent? 
Études de séquençage de la COVID-19
Une petite étude menée en Chine a suivi onze patients à Hangzhou, une ville à l’est de Wuhan, l’épicentre de la pandémie de la COVID-19. La professeure Li Lanjuan, chercheuse à l’université du Zhejiang, a procédé à un séquençage profond du coronavirus. Parmi les nombreuses observations importantes de l’étude : six mutations différentes dans la protéine de spicule de la COVID-19 (qui est utilisée par le virus pour pénétrer dans les cellules et qui est à la base de la création d’un vaccin) et des différences spectaculaires dans la pathogénicité. Certaines souches de virus étaient beaucoup plus dangereuses et se sont largement répandues, avec une charge virale jusqu’à 270 fois supérieures chez les patients infectés, ainsi que des complications et des résultats connexes plus graves. Ces résultats commencent à expliquer les différences marquées entre New York (très graves) et la Californie (beaucoup moins graves) qui ont été touchés par différentes souches du virus .
Une étude de séquençage plus importante réalisée à Seattle démontre une fois de plus les multiples souches du virus au niveau moléculaire et révèle que les premiers décès aux États-Unis, remontant au 6 février et peut-être même avant, étaient dus à un voyageur de Wuhan, en Chine. Le séquençage a démontré une propagation communautaire très précoce qui a contribué à des cas non seulement dans l’État de Washington, mais aussi à San Francisco et dans tout le pays.
La recherche de grappes de cette manière démontre que des tests et une recherche des contacts beaucoup plus précoces permettront d’éviter ce type de propagation communautaire à grande échelle.

Des études sur les anticorps à Corvallis, dans l’Oregon, et à Santa Clara, en Californie, confirment cette propagation précoce et importante dans la communauté, et ont toutes deux validé les résultats du séquençage.
La Californie sert d'exemple
La planification actuelle en Californie confirme ce qui est nécessaire pour mettre en œuvre une recherche des contacts efficace. Il a été annoncé cette semaine que 10 000 chercheurs (ou recenseurs) de contacts allaient être recrutés pour retracer les contacts de tous les nouveaux cas de COVID-19. 
Détecter la COVID-19
Une approche intéressante de détection du virus est actuellement mise à l’essai au Royaume-Uni, où l’on utilise des chiens (épagneuls et labradors) pour renifler et détecter la COVID-19. Cette approche incroyable pourrait dissiper les inquiétudes concernant la protection de la vie privée que suscitent les méthodes électroniques de recherche des contacts proposées. Pour sa part, Mark Zuckerberg a présenté cette semaine une approche plus technologique. Des chercheurs de l’Université Carnegie Mellon ont mené un sondage à participation volontaire sur les symptômes qui a été diffusé sur Facebook. Les réponses fournies par les utilisateurs sont transmises directement aux chercheurs aux fins d’analyse.

  • Une recherche efficace et rapide des contacts est essentielle. De nombreux détails restent à peaufiner.

  • Sans la recherche de contacts, un patient atteint d’un myélome ne peut pas réintégrer la communauté en toute sécurité.

  • La recherche de contacts permettra non seulement de sauver des vies, mais de réduire la pression sur les cliniques et les hôpitaux afin que les services de soins réguliers puissent être fournis en toute sécurité.

  • La connaissance des nouvelles souches de la COVID-19 permettra d’orienter les ressources vers les zones où les grappes d’infection sont plus dangereuses et doivent être contenues le plus rapidement possible.

Le confine ment est le seul moyen de prévenir une nouvelle recrudescence de la maladie. Nous tirons déjà des enseignements de nouvelles augmentations de cas à Harbin, en Chine , et à Singapour . Il s’agit là d’avertissements qui peuvent orienter les stratégies de réouverture aux États-Unis et ailleurs. Toute situation de grand rassemblement est préoccupante : résidences pour personnes âgées, navires de croisière et tout lieu où les gens vivent à proximité. Ces endroits feront l’objet d’examens et de tests plus approfondis.
Conséquences sur les traitements au moment du déconfinement
Nouvelles de la semaine au sujet des traitements
Nous continuons d’en apprendre plus sur certains traitements destinés au myélome qui sont réorientés pour traiter la COVID-19. Parmi les plus récents à être réorientés, notons :

  • l’aplidine, un antagoniste de l’eEF1A2 qui, à faible dose, inhibe la réplication du virus;
  • et la cyclosporine, un médicament qui peut agir comme Actemra pour mettre fin à la tempête de cytokines liée aux dangereuses infections de la COVID-19. Le Dr Carl June (de l’Université de la Pennsylvanie) célèbre chercheur sur les cellules CAR-T, a annoncé cette semaine un plan pour la mise à l’essai de ce médicament, qui est une pilule très bon marché à produire et déjà commercialement approuvée comme traitement immunitaire.

Il est également remarquable de voir tous les progrès réalisés en vue d’améliorer les soins et les résultats pour les patients les plus malades infectés par la COVID-19. L’utilisation d’une méthode simple ( oxymétrie de pouls ) pour vérifier l’oxygène dans le sang peut aider à détecter les premières baisses d’oxygène avant que le patient ne s’en rende compte, ce qui permet une intervention précoce avant qu’une crise ne survienne.
Hydroxychloroquine
Une étude importante montre que l’hydroxychloroquine ne semble pas être une solution prometteuse contre la COVID-19, malgré les attentes élevées de certains. Les résultats d’une étude d’analyse de valeur sur 368 patients (non randomisée, malheureusement) ont montré que le nombre de décès chez les patients recevant le médicament contre le paludisme était nettement plus élevé, ce qui n’est pas ce que nous souhaitons. Environ 28 % des patients qui ont reçu de l’hydroxychloroquine en plus des soins habituels sont décédés, contre 11 % de ceux qui ont reçu uniquement les soins habituels. Cela souligne la nécessité de mener des essais permanents pour évaluer la valeur (ou non) de tous les traitements prometteurs.
Mise à jour sur les vaccins
Un nouveau vaccin mis au point par des chercheurs de l’ Université d’Oxford est en cours de développement. Cette approche novatrice promet de produire un vaccin en six mois. Bien que ce délai suscite un certain scepticisme, les nombreux efforts déployés à travers le monde pour développer un vaccin à la vitesse de l’éclair sont encourageants.
Ce qu'il faut retenir
  • Des pratiques sécuritaires pour les patients sont absolument nécessaires pour permettre tout retour à une nouvelle normalité.

  • Les nombreux résultats encourageants obtenus avec les traitements des patients atteints de la COVID-19 donnent l’espoir que nous pourrons mieux prendre en charge les patients en attendant qu’un vaccin soit disponible.
Rester forts grâce au liens sociaux et voir le bon côté des choses
Comme nous sommes toujours isolés les uns des autres, il est de plus en plus important de se parler et d’entretenir nos liens sociaux. Nous allons traverser cette épreuve ensemble, mais de nombreux défis nous attendent. Nous avons tous besoin de nos alliés de quarantaine pour nous soutenir et nous réconforter.
 
Il ne faut jamais perdre de vue la lueur d’espoir. Le fait que bon nombre de personnes aient été infectées par la COVID-19 et se soient rétablies signifie que plusieurs ont des anticorps dans leur plasma que l’on pourra utiliser pour sauver d’autres personnes. Les quelque 500 essais cliniques en cours sur la COVID-19 permettront probablement de trouver plusieurs traitements très utiles.
 
Nous pouvons nous estimer chanceux que tant de professionnels de la santé viennent travailler tous les jours et que tant de travailleurs de première ligne s’exposent chaque jour aux risques de la maladie. Nous serons sans doute confrontés à la triste réalité que ce ne sera pas le cas partout dans le monde. Plusieurs devront lutter durement pour survivre à cette énorme crise.
 
Mais alors que nous célébrons cette semaine le 50 e anniversaire de la Journée de la Terre , la planète fait littéralement une pause, car les industries et les voyages sont paralysés. Les méduses nagent dans les canaux de Venise et les animaux se déplacent librement dans nos parcs nationaux et dans le monde entier. Et, comme nous l’avons remarqué, le printemps est en pleine floraison, même au Central Park de New York .
 
Nous allons traverser cette épreuve ensemble!
Le Dr Brian G.M. Durie a fondé l’ International Myeloma Foundation (IMF), dont il est aujourd’hui le président, et siège à son conseil consultatif scientifique. Il est également le président du groupe de travail international sur le myélome de l’IMF, un consortium regroupant près de 200 spécialistes du myélome d’un peu partout dans le monde. Le Dr Durie dirige également le projet Black Swan Research Initiative ® de l’IMF.
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